« AIR OCÉANIA » COMPAGNIE LOW-COST DES ILES : OÙ SONT LES ÉTUDES ÉCONOMIQUES ET FINANCIÈRES ?

La compagnie low-cost envisagée par la province des Iles Loyauté, après les déclarations fracassantes du président de l’institution, fait beaucoup écrire et parler. Pour l’instant, ce sont les dépenses qui sont affichées, et notamment, la construction d’un aéroport international ainsi que l’achat de 2 Airbus 220, probablement des A-220 haute densité pour effectuer des vols low-cost de 160 sièges. Pourquoi pas ? Sauf qu’un investissement de cette importante demande, au préalable, et notamment pour les financeurs, d’abord une étude économique, et en particulier de marché, ainsi qu’à tout le moins, un « business plan ». Ces questions seront, à n’en pas douter, résolues rapidement par Air Oceania, la nouvelle compagnie annoncée, la Sodiles et la province des Iles. Interrogations, tout de même.

A QUEL MARCHÉ S’ADRESSERA « AIR OCEANIA »
C’est la première question. Le marché de Lifou n’est peut être pas suffisant pour équilibrer les comptes d’une compagnie internationale. Il s’agira donc probablement des marchés locaux calédoniens et touristiques, ainsi que des marchés régionaux.

Quelle est la part de marché visée par la nouvelle compagnie, en sachant que le ciel régional n’est pas vide, et que la concurrence existe : localement avec Aircalin, qui va passer des accords de partage de code avec la puissante compagnie Fiji Airways, avec Qantas, Air New Zealand, et régionalement avec toutes les compagnies australiennes et celles des petits Etats.

QUI VA PAYER LES PREMIERS INVESTISSEMENTS ?
La dépense est en générale aussi facile à estimer qu’à annoncer. Mais pour le secteur public comme le secteur privé, elle doit être appuyée sur des recettes. Celles-ci sont, au minimum, de caractère public et bancaire.

La province et la Sodiles ont-elles les moyens de financer un aéroport international et l’achat de 2 Airbus A220-300 ? On peut en douter.

L’Etat est-il prêt à financer l’exercice de ses compétences régaliennes sur cet aéroport -les Iles Loyauté n’étant pas indépendantes pour l’instant- ? La question lui sera posée.

Reste évidemment les bailleurs de fond … habituels : la Nouvelle-Calédonie et la France. A moins que la Chine …

LES CONTRIBUABLES
Les fonds publics proviennent des contribuables. En Nouvelle-Calédonie, l’essentiel des contribuables alimentant les finances publiques se situent en province Sud. À 92% …

En métropole, pour les éventuelles subventions, y compris une défiscalisation, la Palisse affirmerait que ce sont les contribuables métropolitains. Qui paient, qui paient, comme dit la chanson.

LES PREMIERS COÛTS
Quelques chiffres ont été lancés. Un aéroport dont la transformation se chiffrerait à 1/1,5 milliard. Quant aux avions, on sait que leur prix catalogue est annoncé à 71 millions de dollars, soit aux alentours de 7,5 milliards. Multiplié par deux = 15 milliards.

Il conviendra évidemment d’y rajouter notamment les frais d’exploitation de ce nouvel aéroport, de maintenance des avions, ainsi que les frais financiers.

LES RECETTES LOW COST
Au titre des recettes, Air Oceania devra évidemment tabler sur des recettes low cost. C’est à dire minimales. Comme référence, il est possible de s’appuyer sur les nouveau tarifs promotionnels Nouméa-Sydney d’Aircalin, répondant d’ailleurs à des tarifs équivalents sur Qantas, preuve qu’une certains concurrence existe …

AirCalin affiche, en promotion, un Nouméa-Sydney-Nouméa à 41 942 XPF.

En réalité, le billet, stricto sensu, coûte … 18 100 francs ! Le reste, 23 842 francs, est constitué par des taxes et frais.

En clair, et même si une taxe carburant peut figurer au titre des taxes et frais, la recette compagnie demeure de l’ordre de 20 000 XPF.

Ce tarif étant inférieur au tarif public Nouméa-Lifou-Nouméa d’Air Calédonie effectué en ATR 72, on peut estimer que payer 20 000 francs pour se rendre en jet à Sydney et revenir, constitue un tarif low cost.

C’est bien ce niveau de recette, et même peut être moins, sur lequel devra s’appuyer le business plan d’Air Oceania.

L’ÉQUILIBRE FINANCIER LA COMPAGNIE
Il semble bien qu’Air Oceania sera une compagnie à capitaux publics majoritaires. Se pose évidemment la question des garanties, et notamment celle des emprunts et de l’équilibre financier.

Accessoirement, il est nécessaire de chiffrer les recettes et les frais d’exploitation de l’aéroport international de Wanaham. Nul doute que l’expertise de la Chambre de Commerce et d’Industrie sera sollicitée.

S’agissant d’une compagnie « relais », et si le vulgum pecus comprend que les avions pourront effectuer une touchée à Wanaham et une à Tontouta, il faudra évidemment ajouter les frais afférents.

L’EXPÉRIENCE DE « VIRGIN »
Certes, dixit un commentaire recueilli sur RRB, bien des expériences jugées saugrenues au départ, se sont soldées par de remarquables succès. Ainsi, la compagnie Virgin, lancée par le mythique Richard Branson.

Il existe, à l’évidence, quelques différences notables entre les conditions de départ de la compagnie annoncée « Air Oceania » et la fabuleuse entreprise « Virgin Group ». Les marchés, d’abord, son caractère privé, ensuite. A moins que Richard Branson …