RETRAIT POLITIQUE DE « LKU » : UNE PAGE SE TOURNE

Bonne nouvelle pour les uns, mauvaise nouvelle pour les autres, non-événement pour le reste, la sortie de Louis Kotra Uregei des institutions calédoniennes est une page qui se tourne. Le personnage aux multiples facettes, parfois sulfureuses, syndicaliste, homme d’affaire, personnalité politique, a incontestablement marqué la société calédonienne.

Au plan syndical, d’abord, avec la création de l’USTKE le 5 décembre 1981. Le syndicat devient rapidement la terreur des employeurs, à une époque où toute revendication est appuyée par le blocage de l’outil de travail. Il provoque peu à peu une surenchère avec les autres syndicats. En 2006, il ne se passe pas une semaine sans qu’une entreprise ou deux soit « cadenassé », alors que Gérard Jodar a repris le flambeau. Le paroxysme des « blocages » est atteint, quand une initiative pour ouvrir un nouveau dialogue social est ouverte au gouvernement par Alain Song, puis poursuivie par Gaby Briault.

L’arrivée d’Yves Dassonville en qualité de Haut Commissaire, ancien directeur de cabinet de Christian Estrosi, Secrétaire d’Etat à l’Outre-mer, va permettre de rétablir l’ordre républicain et l’application des décisions de Justice. Un retour à une quasi paix sociale … à la française se développe progressivement avec une intermédiation très active du directeur du travail.

Dès les annés 80, l’USTKE dont les statuts affirment que le syndicat <« se prononce pour le droit à l’autodétermination du peuple kanak et au libre exercice de sa souveraineté nationale, et pour la suppression de l’exploitation capitaliste. L’USTKE se détermine en conséquence pour l’accession à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie et pour la socialisation des moyens de production et d’échange. Elle s’engage donc dans la lutte pour l’indépendance kanak socialiste »>, a rallié la cause du Front Indépendantiste, puis du FLNKS. Le syndicat politique, avec des positions en permanence conformes à ses statuts, est quelque peu l’enfant terrible du camp indépendantiste.

En 2007, LKU crée le Parti Travailliste, dont l’ossature sera étroitement liée à l’USKE.

Après quelques divergences avec ses alliés, le Parti Travailliste qui compte des élus en province et aux Congrès, rejoint le groupe FLNKS, puis s’en détache.

Mais c’est lors du referendum que la fâcherie se transforme en conflit entre le Parti Travailliste et les autres partis indépendantistes.

Louis Kotra Uregei est plus radical sur la composition du corps électoral, fidèle à sa ligne pour une indépendance kanak et socialiste. Pressentant la défaite du camp indépendantiste en raison d’un corps électoral qu’il juge trop ouvert aux non-kanak, et trop restreint pour les kanak, il décide de prôner l’abstention, qualifiant le scrutin de « referendum bidon ». Le Parti Travailliste se retrouve seul dans cette posture.

Il sera mis au ban, pour cette raison, par les autres indépendantistes, et écarté de toute liste d’union aux élections provinciales.

Après un retrait de la vie syndicale, LKU opère donc un retrait de la vie politique, même s’il s’en défend en demeurant président du Parti Travailliste.

Il est le premier de la « vieille garde » indépendantiste à passer la main. Désormais, les autres dirigeants séparatistes sont les seuls à représenter « l’ancien monde ». Son départ va-t-il peser sur la vie politique locale ? Sans doute pas, l’importance du Parti Travailliste étant devenue marginale. En revanche, LKU conservera son droit de parole. Une parole dont on peut imaginer qu’elle sera désormais plus radicale.