POURQUOI LE LANCEMENT DE LA PROCÉDURE D’ARRÊT DE LA SLN FIN JUILLET DEVIENT UNE HYPOTHÈSE

Ce n’est même plus une menace, c’est une hypothèse. Récemment, le Président de la SLN, Dominique Katrawa a tiré une ultime sonnette d’alarme : « il faut exécuter le plan de sauvetage, et le plus rapidement possible« . Lors de son dernier séjour sur le territoire, la PDG d’Eramet avait déjà pointé du doigt une nouvelle fois la situation d’urgence de l’entreprise calédonienne. La SLN perd 1 milliard par mois, et se retrouvera en panne de trésorerie dans quelques mois. Donc en cessation de paiement.

En question : la réponse à la demande de soutien par un coût de l’énergie adapté à la situation de l’entreprise. Mais ce dossier demeure inerte en raison de l’absence d’un gouvernement habilité à décider.

Sous la pression d’administrateurs d’Eramet, et pour préserver les intérêts de la société au regard de ses obligations et de la loi,  fin juillet serait, dans ces conditions, la date butoir pour lancer la procédure visant à l’arrêt de la SLN. Échéance.

AMÉLIORATIONS INSUFFISANTES SANS BAISSE DU COÛT DE L’ÉNERGIE
Certes, la majorité du personnel a consenti des efforts importants pour accroître la productivité de l’entreprise, et donc sa compétitivité. Certes, des autorisations d’exportation de minerai de basse teneur a été accordée, mais une partie doit passer par la SMSP. Et tout ne semble pas se passer au mieux à ce stade.

Mais quant au troisième point nécessaire à l’amélioration de la situation financière de la SLN et dont l’effet serait rapide, c’est à dire le coût de l’électricité, rien n’a été fait jusqu’à présent. Cette impasse vitale s’ajoute au fait que le projet de nouvelle centrale électrique censée produire de l’énergie à coût plus faible est, à peu de choses près, au point mort …

LA BOURSE AVAIT BIEN ACCUEILLI LES AUTORISATIONS D’EXPORTATION
L’autorisation d’exportation de 4 millions de tonnes de minerai par an sur une période de 10 ans avait été bien accueillie par la bourse. Cette autorisation avait été cependant soumise à une obligation alambiquée pour l’alimentation de l’usine coréenne de la SMSP.

Rumeur ou réalité ? Des bateaux chargés auraient été néanmoins refusés.

LA RESPONSABILITÉ DES ADMINISTRATEURS
Dans le cas de difficulté financière graves d’une entreprise, la responsabilité des dirigeants peut être mise en cause  » lorsque l’entreprise n’est plus en mesure de faire face à son passif exigible au regard de son actif disponible. Cette appréciation peut également résulter d’une analyse prospective par rapport à sa situation et son historique et conduire à une décision de sauvegarde. » (notre article du 26 février 2019)

En l’absence du troisième « pilier » du redressement progressif de la société, c’est à dire la baisse du coût de l’énergie, la trésorerie en fin d’année ne lui permettrait plus d’envisager un dépôt de bilan « propre ». Face à l’imminence d’une telle situation, il s’agirait, en effet, de préserver les moyens de financer correctement les licenciements, de payer les fournisseurs, d’acquitter les dettes notamment sociales et fiscales, et d’assurer une maintenance minimale de l’outil industriel.

LA NÉCESSITÉ DE PRENDRE UNE DÉCISION FIN JUILLET
L’examen de la situation sous cet éclairage conduirait à conclure que la société devrait décider les mesures de sauvegarde dès la fin juillet. Différentes hypothèses pourraient être envisagées, telles que rappelées dans l’article précité.

Quoi qu’il en soit, cette menace qui pèse sur la tête de la Calédonie, et en particulier de la province Sud, depuis de nombreux mois, provoquerait, si elle conduisait à ces mesures gravissimes, un bouleversement économique.

Et même si certains imaginent que l’arrêt de la SLN profiterait à ses concurrents, les conséquences éclabousseraient les 3 provinces.

SEUL LE GOUVERNEMENT PEUT DÉCIDER ET REPOUSSER LA TERRIBLE ÉCHÉANCE
S’agissant aussi bien du tarif de l’électricité fournie à l’usine de Nouméa, que du projet de nouvelle centrale englué dans les mises en examen diverses, et techniquement au point mort après les départs successifs de ses dirigeants opérationnels, c’est bien au gouvernement calédonien qu’il appartient de trouver une solution.

L’actuel ne peut que régler les affaires courantes, ce dont ne relèvent pas, à l’évidence, les sujets évoqués.

Le futur gouvernement, quant à lui, possèdera la clé du fameux coût de l’énergie, d’autant qu’une hypothèse de raccordement du prix de l’électricité concédé à la SLN au cours du LME semble à la fois pragmatique et réaliste.

Mais l’Exécutif prochain est en proie à des marchandages et des calculs bien éloignés de l’intérêt général. Plutôt sidérée de ces impérities alors qu’avec des finances publiques dans le rouge, des comptes sociaux en faillite virtuelle, et une économie en crise, la Calédonie est au bord de gouffre, la majorité de la population a le sentiment que certains « font mumuse » quand, tel le Titanic, le territoire est en train de sombrer.