TOURISME : DES HÔTELS EN DIFFICULTÉ

Le recours à un « spécialiste » de Polynésie pour donner du contenu aux derniers « Ateliers du tourisme » n’y a rien fait. Pas plus d’ailleurs que l’étude à 60 millions commandée à KPMG en 2004 pour un ambitieux « Plan de Développement Concerté du Tourisme ». Les chiffres du tourisme sont à la baisse en ce début d’année. Si la construction du Hilton de Lifou  est lancée sur fonds publics, aucun investissement privé d’envergure n’est en vue. Et plusieurs hôtels sont en difficulté.

APRÈS LES EXPERTS DE KPMG, UN ANCIEN MINISTRE DU TOURISME POLYNÉSIEN
C’est à un ancien ministre du tourisme de la Polynésie qu’avait été confié, en 2014, le soin d’expertiser le tourisme calédonien, puis de bâtir les orientation des nouvelles assises du Tourisme de la province Sud.

L’affaire s’était, à l’époque, soldée … par un pugilat sur internet, et par des avis divergents sur le travail de l’expert au sein de la province Sud.

Son rapport avait néanmoins été largement utilisé pour le document issu des « Ateliers du tourisme ». On y annonçait très sérieusement, tout de go, 200 000 touristes en 2025. Sans explications particulières.

Le fameux PDTCNC de 2005 avait annoncé lui, 230 000 touristes en 2015 …

Las !Toutes ces savantes expertises ont abouti à un tourisme calédonien à la ramasse, même si l’IEOM, dans son rapport du premier trimestre 2019, estime qu’il y existe « une confiance en hausse dans le secteur touristique » … Plusieurs hôtels, publics comme privés, sont en difficulté, accusant des déficits parfois lourds pour l’exercice 2018, et non des moindres. C’est d’ailleurs celui de la province Sud, le Sheraton de Gouaro Deva, qui est en tête des déficits. On évoque des milliards au compteur comptable en cumulé.

SUCCÈS DES HOTELS MÉRIDIEN EN 1995
Cet investissement public est l’exemple des risques de dérives d’une collectivité qui veut investir dans le secteur économique et commercial et ne sait pas « passer la main » à temps.

La réussite était pourtant au rendez-vous pour la construction des hôtels Méridien, imaginée par Jacques Lafleur. Etude de marché, équipement construit en collaboration étroite avec le futur gestionnaire, et, cerise sur le gâteau, adossement à un casino. Mais l’objectif d’alors était de relancer le tourisme en l’absence d’investissements privés, puis de céder ces actifs commerciaux dont la gestion ne relève pas de la vocation du secteur public. Au moins en province Sud, les provinces Nord et Iles relevant de problématiques d’investissement et de gestion différentes.

ÉTUDE DE MARCHÉ SOMMAIRE
Visiblement, le même professionnalisme n’a pas présidé au gigantesque investissement public à Bourail. Une étude de marché sommaire, un littoral non « baignable » -un comble pour une destination balnéaire-, et des chambres situées … loin de la plage qui est pourtant la plus longue et la plus belle de la Grande Terre !

SHERATON DEVA : UN « BIDE » TOURISTIQUE
Résultat : l’hôtel est un « bide » touristique. Les Japonais, d’ailleurs de moins en moins nombreux, préfèrent évidemment les plages de rêve de l’Ile des Pins. Quant aux Australiens et aux Néo-zélandais, ils n’y trouvent pas forcément ce qui est vanté pour un Sheraton censé être de rêve. L’établissement ne doit son modeste remplissage qu’à la fréquentation de la clientèle locale, souvent attirée par des tarifs promotionnels, et dont les golfeurs apprécient le parcours de golf de belle qualité.

SOCIÉTÉ DES HOTELS DE NOUMÉA « PLOMBÉE »
Au total, avec à peine un peu plus de 30% de remplissage après 5 ans de fonctionnement -l’hôtel a ouvert en août 2014-, le Sheraton accuse un déficit annuel comptable abyssal -on parle d’un chiffre approchant le milliard-, et des pertes d’exploitation supérieures à 200 millions. Au rythme des pertes enregistrées, les propriétaires -en majorité publics- ont quelques motifs de souci.

DES HOTELS PRIVÉS AUSSI
Dans le secteur privé, les difficultés atteignent plusieurs structures hôtelières de tailles diverses. Pour elles, le salut ne peut venir d’un casino ou de budgets publics. Leur trésorerie est parfois au plus bas. La prochaine étape …

Où sont donc les hôteliers dont le rapport de l’IEOM assure qu’ils sont touchés par « un regain d’optimisme » ?