LE JUMELAGE PAPEETE-NOUMÉA : UN ÉVÉNEMENT POLITIQUE

Les deux collectivités françaises présentes dans le Pacifique, Polynésie et Nouvelle-Calédonie, sont, à l’est et à l’ouest du grand Océan, des zones dynamiques porteuses de Francophonie, d’économie, de modèles sociaux, et d’expressions culturelles fortes. Jamais, pourtant, elles n’ont réussi à se rapprocher suffisamment pour créer des synergies à leur profit commun. En franchissant le pas du jumelage, après d’autres collègues calédoniens et polynésiens, Michel Buillard, maire de Papeete, et Sonia Lagarde, maire de Nouméa, ouvrent la voie à de nouvelles relations entre les « cousins » du Pacifique.

LES FREINS
Personne n’ignore les relations plutôt conflictuelles qui existaient entre Gaston Flosse et Jacques Lafleur. La nomination du leader polynésien d’alors à la fonction de Secrétaire d’Etat au Pacifique par Jacques Chirac n’avait pas amélioré les rapports entretenus entre les deux hommes, et même entre Chirac et Jacques Lafleur.

Depuis, plusieurs initiatives ont pourtant été concrétisées, parmi lesquelles le jumelage entre des communes, les deux Ports Autonomes, ou la participation polynésienne à des opérations de francophonie à Gold Coast ou à Nouméa.

UNE NOUVELLE ÈRE POSSIBLE
Incontestablement, l’initiative des deux capitales pourrait cependant « faire bouger les lignes » à un niveau plus vaste. Bien sûr, d’autres communes ont déjà procédé à des jumelages entre elles, et pas des moindres. On peut citer ainsi ceux d’Arue et de Punauia avec le Mont Dore et Dumbéa, ainsi que les excellentes relations personnelles entre les maires de ces villes. Mais le pacte d’échanges et d’amitié conclu entre les deux capitales véhicule un affichage nouveau.

Le président de la Polynésie, Edouard Fritch, d’ailleurs, ne s’y est pas trompé. Au cours d’une réception regroupant la totalité de ses ministres et les délégations de Papeete et de Nouméa, il a exprimé clairement une volonté de partage et de synergie entre les deux « pays ».

Ainsi, côté Calédonien, les cartes seront prochainement entre les mains du futur gouvernement.

20 MILLIARDS D’EXCÉDENT BUDGÉTAIRE
Les collectivités calédoniennes et polynésiennes s’inscrivent dans un cadre relativement proches. Elles n’ont pourtant pas des statuts parfaitement analogues, ni pour les communes, ni pour les « pays ». Mais surtout, leurs actions, notamment économiques, sociales et culturelles, à l’intérieur de ces cadres, sont parfois très différentes.

En matière économique et fiscale, par exemple, la TGC calédonienne et la TVA polynésienne répondent au même objectif de simplification fiscale pour les entreprises, et de ressources budgétaires pour chaque territoire. C’est peu de dire, cependant, que leur conception, leur rendement, et l’adhésion à ce nouvel impôt sont similaires ! Il est évident que la réussite de la TVA polynésienne peut être source d’inspiration.

D’une manière plus générale, la Polynésie connaît une période de nette amélioration en matière économique. Si ses comptes sociaux sont à l’équilibre, sa situation économique, en nette croissance, a pu générer un excédent budgétaire important, de l’ordre d’une vingtaine de milliards.

REDRESSEMENT ÉCONOMIQUE : LA STABILITÉ POLITIQUE
Le constat est unanime en Polynésie. Alors que le territoire a été au bord du « dépôt de bilan » et en situation de rupture de trésorerie publique, son redressement, depuis quelques années, est spectaculaire.

La quasi totalité des responsables politiques formule un diagnostic sans appel. Si l’économie a pu reprendre des couleurs, et produire à nouveau des ressources fiscales en hausse, c’est grâce à une stabilité politique retrouvée.

Un belle leçon dont devraient tirer parti les cousins « taratonis ». Alors que Tahiti est connue pour ses bringues et ses ukulele, c’est la Calédonie qui a joué, dans la fable de La Fontaine, merveilleux écrivain français et francophone, le rôle de la cigale. À côté de la Polynésie fourmi.