PROVINCIALES SUD : QUI VA GAGNER ?

En l’absence de sondages, les électeurs comme les politiques sont « dans le bleu » pour ce qui concerne des probabilités de résultats le 12 mai prochain en province Sud. Chacun y va de son doigt mouillé, de son ressenti. Pourtant, au delà, il existe, d’une part, des chiffres qui résultent à la fois des élections provinciales de 2014, des législatives de 2017, et du referendum de 2019. D’autre part, la situation économique et sociale, décrite comme catastrophique, sauf par la majorité Calédonie-Ensemble-Indépendantistes, va peser lourdement dans le vote. Enfin, le referendum qui a constaté l’échec du « destin commun » voulu par les Accords et révélé une véritable partition du territoire, va radicaliser les positions non-indépendantistes. Un cocktail plein d’indicateurs pour le scrutin provincial.

LES 3 SOCLES DURS
Dans un parti politique, un certain nombre de militants ne se posent pas de questions : ils demeurent fidèles au parti, quoi qu’il arrive. Ils constituent ce qu’on appelle « le socle » du parti, ou son « noyau dur ».

 Ces socles sont mesurables par estimation.

UN RPCR AFFAIBLI
Ainsi, le plus vieux parti, le RPCR, est aujourd’hui très affaibli si l’on se réfère aux années fastes de Congrès à 3000/5000 militants et, à cette époque, une implantation tentaculaire sur le terrain. Depuis 2004, beaucoup de ses anciens militants l’ont quitté. Preuve à Nouméa, et alors que le corps électoral s’est agrandi, le candidat du Rassemblement obtient 3500 voix aux législatives alors que celui des municipales avait totalisé près de 5500 suffrages. L’hémorragie s’est amplifiée après la « plate forme », où l’alliance a de nouveau été faite avec l’ennemi juré, Calédonie Ensemble, à qui les deux postes de députés ont été quasiment offerts.

DES RÉPUBLICAINS CALÉDONIENS EN HAUSSE
Les Républicains Calédoniens, menés par Sonia Backès, ont récupéré … les anciens alliés du Rassemblement dans le FPU, Didier Leroux, Simon Loueckhote et Harold Martin. Au total, par rapport aux provinciales de 2014, il s’agit, en quelque sorte, de « transferts internes » avec le RPCR.

Leur opposition constante à la politique de Calédonie Ensemble leur a, en outre, permis de récupérer les déçus de ce parti, et la plus grande partie des « anti-plateformistes ».

GIL BRIAL SURPRENANT
Gil Brial est plus difficile à évaluer. Mais son score étonnant aux élections législatives est à retenir. Probable, enfin, que les anciens électeurs de Gael Yanno -pourtant crédité d’un nombre honorable de votants aux législatives-, ont rejoint leurs anciens amis Backes et Brial.

Une élection n’est jamais, au grand jamais, l’addition de voix représentées par telle ou telle personnalité. Mais il s’agit là de « socles », et l’exercice n’est pas dénué de fondement.

Au total, l’Avenir en Confiance peut être crédité d’un « socle » de l’ordre de 27 000 voix. Ce regroupement a de solides chances d’arriver en tête le 12 mai au soir.

CALÉDONIE ENSEMBLE ÉRODÉE
Calédonie Ensemble est la seconde force non-indépendantiste, qualifiée de « nationaliste » par les partis précédents.

Le parti de Philippe Gomes a été érodé, comme le montrait déjà le taux de désaffection constaté lors des élections législatives. Recul notamment à Nouméa, pour Philippe Dunoyer, et recul encore plus sensible pour Philippe Gomes dans une circonscription comprenant aussi bien la province Sud, hors agglomération, que la province Nord.

UN BILAN ÉCONOMIQUE ET SOCIAL JUGÉ NÉGATIVEMENT
Les analystes affirment souvent qu’on est rarement élu sur un bilan. Encore faut-il que ce bilan soit bon. Ce n’est pas le cas de Calédonie Ensemble, où, de surcroît, une alliance au gouvernement et au Congrès avec les indépendantistes qui peut leur être reprochée, a conduit la Nouvelle-Calédonie au bord du gouffre dans les domaines économique et social.

DES ENNUIS JUDICIAIRES
Il faut ajouter à cela les ennuis judiciaires de Philippe Gomes lui même, le camouflet récent du président du Gouvernement dans l’affaire des hyper U, et les investigations dont le parti est l’objet, pour supputer que le score de Calédonie Ensemble sera probablement en retrait …

Son socle peut être estimé à 15 000/20 000 voix.

LES INDÉPENDANTISTES, EUX AUSSI, DIVISÉS
Les indépendantistes, eux, sont encore à leur divine surprise du referendum. Ils annoncent partout les listes unitaires, … mais ne les réalisent pas ! Dans le sud, c’est le cas. Liste unitaire, oui, mais en écartant le Parti Travailliste de Louis Kotra Uregei, qui peut se targuer de mobiliser les forces militantes de l’USTKE ! De quoi, pour la liste conduite par l’indétrônable Roch Wamytan, empêcher que ne soit fait le plein des voix référendaires.

Le socle FLNKS peut être estimé à un peu moins de 20 000 voix, compte tenu des divisions, et du manque de crédibilité en matière de gestion.

UNE PARTICIPATION ENTRE REFERENDUM ET PROVINCIALES 2014
Autre élément clé du scrutin : la participation.

Elle a été de 83% au referendum, et de près de 70% aux dernières provinciales. Celles du 12 mai vont mobiliser, mais compte tenu des habituelles appréciation subjectives sur tel candidat, telle liste, on peut s’attendre à une participation moindre qu’au referendum, mais supérieure au scrutin de 2014.

Une cote mal taillée situe le nombre de votants à un peu plus de 83 000, amputé des bulletins blancs et nuls, soit aux alentours de 80 000.

UN « MARAIS » CONSIDÉRABLE DE 15/20 000 ÉLECTEURS
Si l’on ajoute le socle dur des partis « traditionnels », et que l’on retranche le total du nombre estimé de votants, on aboutit à un chiffre considérable de l’ordre de 15/20 000 électeurs.

Ces électeurs comprennent ceux qui sont décidés à voter pour les autres listes -Rassemblement National, listes communautaires, divers-, et les électeurs qui demeurent indécis. Ces derniers définissent ce que les statisticiens qualifient de « marais ».

En fait, tout dépendra de ces 15/20 000 électeurs. Ils peuvent accorder la majorité absolue en Province Sud à l’Avenir en Confiance, remonter le score de Calédonie Ensemble, ou consacrer une nouvelle force politique.

QUELQUES JOURS POUR CONVAINCRE
Que reste-t-il pour les convaincre ?

Les programmes ont été distribués. Sont-ils convaincants, dans la rupture avec la mandature qui s’achève, pour l’Avenir en Confiance, dans les arguments de redressement et surtout, de dialogue avec les indépendantistes pour Calédonie Ensemble, pour l’avènement d’une Calédonie plus heureuse sans la France, pour les indépendantistes ?

Une chose est certaine. C’est dans les quelques jours qui viennent que les électeurs indécis vont prendre la décision.

CAMPAGNE TÉLÉVISÉE DÉTERMINANTE
Une autre certitude : la campagne télévisée -elle touche en théorie une centaine de milliers de téléspectateurs à chaque passage-, sera déterminante
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Le score surprise de Gil Brial aux législatives est du essentiellement, pour ne pas dire uniquement, à une prestation télévisée appréciée de plusieurs milliers d’électeurs. Les prestations, lors de la campagne télévisée qui arrive, vont probablement écrire le résultats des provinciales dans le sud.

Les candidats du 12 mai seraient donc bien inspirés de se livrer, avec modestie, à des séances de « media-training » …