COMITÉ DES SIGNATAIRES : PAS DE DÉPLACEMENT POUR RIEN !

C’est toujours un gros déplacement que le fameux Comité des Signataires. Et une grosse dépense publique : on parle d’une trentaine de millions. Cette fois, les Calédoniens, dont beaucoup sont inquiets, attendent de pied ferme des résultats. Ni un bilan, ni de la philosophie sur l’avenir à moyen et long terme : l’avenir immédiat, c’est la crise du BTP, le trou du Ruamm, les magasins qui ferment, l’immobilier hésitant, la SLN au bord du gouffre. Au soir du 14 décembre, ils ne veulent pas être les témoins d’un voyage pour rien. Exigence.

AU MILIEU DE LA TOURMENTE FRANÇAISE, LES CALÉDONIENS
Edouard Philippe doit lui-même se dire qu’il aurait pu différer l’obligation qu’il s’est imposée, peut être en tendant l’oreille à la proposition de Sonia Backès d’organiser le Comité un peu plus tard. Et à Nouméa. La crise nationale des gilets jaunes l’occupe à temps plein, et la France entière attend les suites, funestes ou apaisées, du discours du Président de la République. Ennui supplémentaire, et de taille : l’attentat terroriste de Strasbourg et la traque de Cherif Chekkat.

Au milieu cette tourmente, les Calédoniens et leur après-referendum …

UN BILAN SANS GRAND INTÉRÊT ?
Quelle utilité, en effet, pour une telle réunion du Comité des Signataires ?

Plusieurs hypothèses peuvent être émises. La première est celle de l’examen des conditions dans lesquelles s’est effectué le scrutin. Au delà des rapports d’experts, de l’appréciation des observateurs de l’ONU, de la satisfaction générale sur le déroulement paisible et démocratique de l’exercice, quel intérêt que ce constat ?

Les Calédoniens le savent mieux que quiconque : le scrutin d’autodétermination du 4 novembre 2018 s’est bien passé. Pas besoin de se rendre à Paris pour le savoir.

L’ANALYSE D’UNE ÉCONOMIE QUE TOUS CONNAISSENT ?
Seconde hypothèse : des experts analysent la situation économique et sociale du territoire. Nul besoin d’être grand clerc pour le savoir : nous sommes en récession, et la crise pointe pour certains secteurs porteurs d’emplois. Là encore, pourquoi faire 22 000 kilomètres pour ça ?

UNE DÉCISION RAPIDE POUR LE CORPS ÉLECTORAL ?
Le Conseil d’Etat a récemment rendu un avis qui pourrait poser interrogation sur la durée « légale » de l’Accord de Nouméa : jusqu’au 3e referendum ou à l’expiration du quatrième mandat après 1999, c’est à dire en mai 2019 ?

Un enjeu de taille : le débat sur le corps électoral provincial futur. Sur ce sujet, un consensus relèverait au moins d’un miracle.

Alors, l’examen et l’interprétation de cet avis sont-ils plus légitimes à Paris qu’à Nouméa ?

LA SITUATION DE LA SLN ?
La vieille dame est au bord du gouffre. Ce n’est pas un « scoop ». La situation a été clairement exposée à Nouméa par la PDG d’Eramet lors de se récente visite. Une demande précise a été exprimée pour éviter d’éventuelles décisions dramatiques dans l’urgence : la possibilité, pour la SLN, d’exporter rapidement du minerai pauvre.

La réponse dépend des autorités locales. Pas de Paris.

UNE EXIGENCE IMMÉDIATE : LE REDRESSEMENT ÉCONOMIQUE ET SOCIAL
Quatrième hypothèse : Edouard Philippe admet que la perspective d’un nouveau referendum va ajouter à la crise actuelle et que la Nouvelle-Calédonie risque de connaître une véritable débâcle en matière économique et sociale. Il en exprime l’inquiétude.

Dans ce cas, force sera de constater que la matière économique et sociale est entièrement de la compétence du gouvernement, du Congrès et des assemblées de province. Compte tenu de la situation critique des finances publiques calédoniennes, il restera donc, pour l’Etat, à trouver un moyen rapide de permettre à la Nouvelle-Calédonie d’investir dans de grands chantiers et dans des secteurs propres à maintenir un bon niveau d’activité économique.

Cette demande a récemment été formulée par les Républicains Calédoniens. Calédonie Ensemble a également évoqué plusieurs pistes pour soutenir les entreprises locales.

En 1975, la Calédonie en crise avait reçu, pour changer sa fiscalité, une avance de l’Etat correspondant à 200 milliards de nos francs 2018.

C’est probablement à ce prix que le déplacement des élus, des collaborateurs et des accompagnateurs à Paris aura servi les Calédoniens.