LA FRANCE À 56% – ET MAINTENANT ?

Le scrutin d’autodétermination qui s’est déroulé le 4 novembre revêt une légitimité incontestable : une participation record de plus de 83%. Des observateurs de l’ONU, 250 délégués venus de métropole pour contrôler le déroulement des opérations électorales, une consultation dans le calme. Les Calédoniens ont choisi, à une très forte majorité, de rester dans la République. Mais on est loin du score loyaliste écrasant imaginé par beaucoup. Equilibres.

UN SCORE TRÈS NET EN FAVEUR DU MAINTIEN DANS LA RÉPUBLIQUE
Personne ne peut le contester : 56,4% en faveur du maintien dans la République est un choix net. NouméaPost rappelait ainsi que l’élection du nouveau Président du Brésil, acquise avec 55% des voix, avait été considérée comme une victoire éclatante.

UNE CALÉDONIE COUPÉE EN TROIS
Les résultats montrent cependant la confirmation d’une cassure entre les trois provinces calédoniennes. Le « non » est majoritaire à plus de 73% en Province sud, le « oui » st majoritaire dans les mêmes proportions en Province nord, il est de 80% aux Iles Loyauté.

A cela cependant, pas de surprise : ce découpage était l’un des éléments acceptés dans les Accords de Matignon pour le partage du pouvoir entre indépendantistes et loyalistes, un équilibre global conditionnant le retour à la paix.

Mais le scrutin d’autodétermination met en relief ce clivage très fort, tout en démontrant … que les opinions électorales n’ont pas varié, en proportion, depuis 30 ans.

COMME S’IL N’Y AVAIT NI VAINQUEURS, NI VAINCUS
Malgré cette victoire nette du « non », un sentiment particulier préside à l’expression des partis politiques à l’issue de ce referendum.

Côté indépendantiste, les 43% obtenus sont bien plus importants que les estimations de certains sondages qui donnaient le « non » gagnant à plus de 70%.

Côté loyaliste, on est loin du score écrasant espéré après un certain nombre d’estimations mais l’opinion affichée est, à juste titre, que le choix de la France est sans ambiguïté.

Résultat : des loyalistes qui se sentent victorieux dans un scrutin exemplaire, et des indépendantistes « regonflés » par un score sans appel dans le nord et dans les Iles.

A ce compte, d’ailleurs, ceux qui prédisaient une marée du « non » rendant évidente la suppression des deux autres scrutins d’autodétermination prévus par l’Accord de Nouméa en sont pour leurs frais.

DES CONDITIONS ANALOGUES AU PRÉLUDE DES ACCORDS DE MATIGNON
Ce qui frappe, dans ce résultat, c’est l’ensemble des paramètres qui, d’une confrontation violente de 1984 à 1988, à cette confrontation pacifique de 2014, sont communs aux deux grands blocs, loyalistes et indépendantistes.

On peut évidemment exclure l’urgence qui existait, en 1988, de sortir du cycle infernal de la violence et de rétablir la paix en Nouvelle-Calédonie. On peut également extraire de la comparaison des deux contextes l’inconnue qui consistait à se résoudre aux partage du pouvoir entre les deux adversaires.

Mais en démontrant leur emprise sur le nord et les Iles, les indépendantistes démontrent qu’aucune solution d’avenir pour le territoire ne peut se bâtir sans prendre en compte leurs aspirations.

C’est ce qu’avaient compris Michel Rocard et Jacques Lafleur.

C’est ce qu’a solennellement exprimé le Chef de l’Etat qui, en même temps, a déclaré sa fierté que les Calédoniens choisissent de demeurer dans la France.

Et c’est ce que professent, avec parfois de fortes nuances, un certain nombre d’hommes et de femmes politiques de Nouvelle-Calédonie.