POURQUOI L’ESPRIT « CITOYENNETÉ CALÉDONIENNE » EST UN ÉCHEC

La citoyenneté, c’est une définition juridique inscrite dans la loi organique. Ses promoteurs auraient souhaité qu’elle devienne un véritable « esprit » du pays, une mentalité, un comportement. Aujourd’hui, force est de constater qu’il n’en est rien en dépit de ce qui ressemble à des rassemblements incantatoires. Echec.

DROIT DE VOTE ET EMPLOI
Les articles 2, 24 et 188 de la loi organique de 1999 qui fixe le statut de la Nouvelle-Calédonie définissent le contenu de la « citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie« . Il s’agit d’une part, de la capacité de vote aux élections provinciales, et d’autre part, du bénéfice de mesures de promotion et de soutien à l’emploi local.

Ainsi est la lettre. Le reste, l’esprit, la mentalité, le comportement, étaient à construire.

CLIVAGES
Depuis près de 20 ans, les autorités, à des degrés divers, ont tenté de promouvoir « un esprit citoyen » propre à la Nouvelle-Calédonie. Pour cela, des signes identitaires ont été créés.

Les billets de banque sont d’une belle esthétique, mais ne créent pas d’esprit citoyen. Au contraire, d’ailleurs, ils suscitent le débat clivant du choix de l’euro ou d’une monnaie propre. Tout le monde a botté en touche et maintenu le statu quo.

Un « hymne » a été composé. Aucun Calédonien, ou presque, 15 ans après sa création, n’en a retenu l’air et les paroles.

COMMUNAUTÉS ET ABSENCE D’IDENTITÉ POUR LES « NON-KANAK »
Le 24 septembre 2018 a connu des fêtes de la citoyenneté semblables aux précédentes : dans une relative indifférence populaire.

Pire, cette citoyenneté qui se veut fédératrice pour ses promoteurs, se traduit par un ensemble de manifestations communautaires. Une façon d’illustrer la diversité, mais surtout, l’absence d’identité pour les non-kanak, et donc les clivages culturels, puisque chacun apporte, non pas à l’identité commune, mais au groupe communautaire.

CITOYENNETÉ ET NATIONALITÉ
Mais surtout, la citoyenneté calédonienne est de plus en plus un enjeu politique clivant, entre nation calédonienne et appartenance à la République. La loi organique dispose en effet que la citoyenneté calédonienne se transforme en nationalité si le territoire accède à l’indépendance.

Alors ce week end, la place du MwaKa, qui se voulait fédératrice de la citoyenneté, s’est muée en forum de promotion de la souveraineté pleine et entière, c’est à dire, comme le rappellera la question posée au referendum du 4 novembre, de l’indépendance.

D’ailleurs, une dame, en s’exprimant devant les caméras de NC 1ère, a expliqué que pour elle, il s’agissait de défendre « la citoyenneté kanak« , en précisant que dans son esprit, le mot « kanak » ne désigne ni une ethnie, ni une race. En quelque sorte, et par avance, la nationalité de « Kanaky-Nouvelle-Calédonie« .

LES RACINES DE L’ÉCHEC
Avec le gel du corps électoral provincial, une fermeture pire que la nationalité dans un pays démocratique, la citoyenneté calédonienne avait déjà pris un mauvais tournant.

Les interprétations politiques, les gestes d’exclusion, notamment en matière de vote et d’emploi, ont fait le reste.

Finalement, le 24 septembre est un jour férié devenu sans grande signification, ni célébration. Le rappel, tout de même, que ce jour de 1853, la Nouvelle-Calédonie est devenu française. Quelques manifestations, plutôt maigres, pour célébrer la « citoyenneté de Nouvelle-Calédonie ». Et puis surtout, l’occasion pour près de 280 000 Calédoniens, d’une journée de farniente loin des tumultes citoyens et politiques.

Quel échec !