SURF HOTEL : L’ÉCHEC D’UNE GESTION PUBLIQUE

La Chambre Territoriale des Comptes l’a fort justement rappelé dans son récent rapport sur Promosud : les Provinces, au travers de leurs sociétés de financement, ont vocation à financer des équipements économiquement structurants, mais pas à les gérer. On pourrait ajouter que pour concevoir des outils de développement, les collectivités doivent recourir à des professionnels, tout en se réservant le choix des secteurs à développer. L’exemple de l’hotel-golf de Gouaro-Déva en est une illustration. Echec.

HÔTEL AMIRAL
Le Surf-Hotel, quant à lui, était né d’une initiative privée et, faut-il le rappeler, d’un solide geste de confiance dans le développement du tourisme alors que la Nouvelle-Calédonie se sortait tout juste de 4 années de graves événements. L’entreprise, touchée de plein fouet par les troubles, avait réussi à conserver un fond de clientèle japonaise en fin des années 80, puis avait rapidement remonté la pente. Accor, au travers de son enseigne Novotel, avait même accepté de prendre la gestion de ce qui constituait alors, l’hôtel Amiral du tourisme calédonien.

UN CHOIX ÉCONOMIQUE PERTINENT
Dès le début de la provincialisation, la Province Nord avait manifesté son ambition de constituer un pôle de développement touristique s’appuyant sur un réceptif important à Nouméa, principal bassin d’accueil touristique. La collectivité avait alors racheté le Surf Novotel, ainsi que l’actuel hôtel Beaurivage.

Le concept économique était totalement pertinent.

MONITEL
D’abord, en cette époque encore fortement incertaine, où il était difficile de trouver des investisseurs privés, seul le groupe Picara-Choukroun avait misé sur une petite chaîne hotelière baptisée « Monitel », et progressivement implantée à Koné, Koumac et Poindimié. L’intervention de la puissance publique, pour des programmes plus importants, était alors -et demeure probablement-, parfaitement justifiée.

L’idée était donc de tirer profit de la promotion internationale au sein du Gie interprovincial « Destination Nouvelle-Calédonie » qui existait alors. Les clients des deux hôtels cités étaient incités à découvrir la Province nord : un circuit de développement fondé et intelligent.

LA GESTION « PUBLIQUE » GÂTE LES CHOSES
C’est en matière de gestion que les choses se sont gâtées. Les gestionnaires privés privilégient la gestion, les gestionnaires publics privilégient … les orientations politiques parmi lesquelles l’emploi et le poids des syndicats. Lorsque sont apparues des revendications de personnel incompatibles avec une saine gestion, ce n’est pas cette dernière qui a prévalu.

L’hôtel a souffert alors de déficits dans la qualité du service, de charges trop lourdes au regard des recettes, le tout impactant fortement sa rentabilité. Il faut ajouter à cela les impayés, des fonds propres devenus négatifs, et des pertes cumulées considérables.

Pire que tout, des piquets de grève se sont installés sous des bâches bleues devant l’établissement. Pendant plusieurs mois. De quoi dégoûter le gestionnaire, les touristes, les agents de voyage et les Tour Opérateurs !

UNE ILLUSTRATION POUR LA CHAMBRE DES COMPTES
Le résultat ne s’est guère fait attendre. Accor a rendu son tablier, et l’enseigne classée au Top 3 des chaînes mondiales, a quitté la Nouvelle-Calédonie. Le Surf a périclité, licenciant progressivement son personnel, jusqu’à la fermeture définitive.

Depuis, le complexe hôtel-Casino, situé sur un des plus beaux terrains à vocation touristique de Nouméa, est à la recherche d’un projet nouveau, ou mieux, d’un repreneur professionnel.

La Chambre Territoriale des Comptes ne pourrait pas trouver meilleure illustration à ses propos.