IL Y A 30 ANS, LE RASSEMBLEMENT, LE FLNKS ET L’ETAT SIGNAIENT LES ACCORDS DE MATIGNON – Après les troubles sanglants, la Calédonie entrait dans une nouvelle ère

18 novembre 1984. Les Calédoniens s’apprêtent à voter pour élire leurs représentants aux Régions, nouvelles collectivités issues du statut de Georges Lemoine, le ministre de l’Outre-mer. « A 5h30, la mairie de Sarraméa est incendiée. La mairie de Poum est investie par des hommes armés. A Gomen, 2 véhicules de la gendarmerie sont brûlés. A Poya, des barrages sont dressés, une première maison incendiée. A Lifou, le maire brûle lui même le matériel électoral. A Ouvéa, la mairie est incendiée. A Ponérihouen, la Poste est saccagée. »

« A 16 heures, à la mairie de Canala, Eloi Machoro donne la signification exacte de « boycott actif » en fendant l’urne d’un coup de hache. L’image fera le tour du monde. » (extraits de L’impossible indépendance et le possible statut consensuel de JC Gaby Briault)

4 ANNÉES DE CAUCHEMAR
« Dans le même temps, la Nouvelle-Calédonie plonge dans la guerre civile. Elle demeurera intense jusqu’à la mi-1985. Rien qu’entre le 18 novembre 84 et le 31 janvier 1985, quelques 150 exactions, maisons incendiées, agressions, assassinats sont enregistrés« .

Ainsi va la Calédonie en ces jours funestes. Le cauchemar durera jusqu’en 1988, et atteindra son paroxysme avec la prise d’otages d’Ouvéa, et le dénouement tragique qui se soldera par 21 morts.

UN ACCORD QUI FAIT FIGURE DE MIRACLE
Dans ces conditions, et après la victoire de François Mitterrand sur Jacques Chirac à l’élection présidentielle, l’Accord de Matignon obtenu par Michel Rocard, alors Premier ministre, et accepté par les représentants des deux partis dominants, Jean-Marie Tjibaou pour le FLNKS, et Jacques Lafleur, pour le RPCR, fait figure de miracle.

Dans un territoire encore hébété par la violence de la tragédie d’Ouvéa, frappé par la ruine économique, maintenu sous perfusion par l’Etat, l’espoir renaît. Il se concrétisera en août par un second accord scellé entre les ennemis d’hier après 3 jours et 3 nuits de négociations au ministère de l’Outre-mer, rue Oudinot, l’accord dit « Oudinot ». L’Histoire les mêlera en appelant l’ensemble « les » Accords Matignon.

DES NOVATIONS SANS ÉQUIVALENT DANS LA RÉPUBLIQUE
La Nouvelle-Calédonie entre alors dans une nouvelle ère, marquée par de formidables innovations juridiques dans la tradition jacobine française, et par des accords politiques sans précédent dans l’histoire de la France post coloniale.

Trois novations juridiques et politiques marquent ces accords.

Tout d’abord, le RPCR, majoritaire, accepte un véritable partage du pouvoir politique, économique et social, par la création de 3 provinces taillées sur mesure.

Ensuite, le FLNKS renonce à son dogme selon lequel seuls les kanak, peuple colonisé, peuvent participer à un scrutin d’autodétermination, ouvrant la voie à une participation des autres composantes de la société calédonienne.

Enfin, pour répondre à l’objection du FLNKS : « Il vous suffirait de faire venir un million de métropolitains et nous serions noyés dans notre propre pays« , le RPCR accepte, pour le referendum, un corps électoral restreint.

Sans ces dispositions, la poignée de main entre Jacques Lafleur et Jean Marie Tjibaou symbolisant l’accord n’aurait jamais eu lieu.

FONDATEURS DE LA CALÉDONIE D’AUJOURD’HUI
L’accord de la rue Oudinot traduira juridiquement ces principes et dessinera le statut novateur de la Nouvelle-Calédonie. L’accord définitif ne sera obtenu qu’après que l’Etat et le RPCR aient accepté la fameuse amnistie des crimes de sang.

Ces Accords eurent un retentissement international. Ils sont réellement fondateur de la Calédonie d’aujourd’hui. L’Accord de Nouméa viendra simplement, si l’on peut dire, accentuer la déconcentration, la décentralisation, la reconnaissance de l’identité kanak, et orienter l’autodétermination dans une contexte remarquablement écrit -et remarquablement équivoque-, dans le fameux préambule.

UN SUPPLÉMENT D’ÂME BIEN NÉCESSAIRE …
Le 26 juin est donc une date importante pour la période moderne de la Nouvelle-Calédonie, et l’achèvement de sa décolonisation. Si les manifestations liées à ces accords sont à saluer, la date mériterait une reconnaissance de nature plus solennelle. Au delà des ego et des calculs, le souvenir de cette poignée de main apporterait probablement le supplément d’âme nécessaire à la cohérence politique, la cohésion sociale et le consensus, bien malmenés ces temps ci.