MAINTIEN OU FERMETURE DE LA SLN : UNE COURSE CONTRE LA MONTRE

La situation est pleine d’équivoques. Eramet va distribuer quelques dividendes, après une année de redressement, pour conserver la confiance et … la fidélité de ses actionnaires. Ses résultats nickel sont en hausse. Pour le premier trimestre, le cours au LME se situe au dessus de 6$ la livre. En Nouvelle-Calédonie, la société parvient à un cash cost de 4,5$ par livre, pile dans l’objectif. Et pourtant, la situation demeure proche de la catastrophe pour la vieille dame calédonienne, car les chiffres sont trompeurs. Radiographie.

LA CONCURRENCE EST PLUS PERFORMANTE
Il ne suffit pas de réduire les coûts de production. Pour vendre, il faut être meilleur que ses concurrents. Est-ce le cas de la SLN ?

Les résultats positifs déjà obtenus en matière de compétitivité pourraient le laisser à penser. Las, le même processus a été entamé par l’ensemble des producteurs dont la plupart ont des coûts du travail bien inférieurs aux coûts calédoniens.

Résultat, la SLN, en fin du peloton « compétitivité » du groupe des 10 entreprises qui comptent dans la métallurgie du nickel, … est toujours en queue de peloton.

Quant aux concurrents de la Calédonie, il suffit de se reporter à la construction de l’usine de Weda Bay par le chinois Tsingshan : une unité comparable à celles du nord et du sud, mais pour un coût … d’1,5 milliard$ contre 7 milliards$ aux usines calédoniennes !

DES CHIFFRES TROMPEURS
Pourtant, la SLN a atteint son objectif de coût de production, le « cash cost », à 4,5$ la livre. Or, le cours au LME est supérieur, et tout devrait donc aller pour le mieux.

Ce n’est pas le cas pour une raison simple : le coût « complet » de production comprend le « cash cost » de 4,5$ la livre additionné d’un ensemble de coût supplémentaires résultant des différences de conditions économiques, des amortissements des investissements et du remboursement de la dette.

De quoi se composent les conditions économiques ?

Il faut savoir que lorsque le cours du nickel monte, corrélativement, le cours du pétrole suit. Par ailleurs, le taux de change est défavorable puisque le dollar baisse par rapport à l’euro, et que le nickel est payé en dollars.

On peut dire ainsi que 50% des bénéfices résultant de l’augmentation du LME sont consommés … par l’augmentation du pétrole et la baisse du dollar US !

Cela fait qu’au total, le coût complet de production de la SLN, au premier trimestre 2018, est de 6,91$ la livre alors que le cours du nickel au LME est de 6,08$ la livre. Résultat : une perte d’1,8 milliards FCFP pour les trois premiers mois de l’année !

UNE TRÉSORERIE QUI S’ÉPUISE
Chaque mois, les salaires versés par la SLN proviennent de l’emprunt de 63 milliards contracté en 2016 auprès de l’Etat et d’Eramet. A ce jour, 37 de ces milliards ont été consommés.

C’est que les pertes cumulées par la société, depuis 2012, sont colossales : 100 milliards FCFP ! Aujourd’hui, si le rythme de ces pertes a légèrement ralenti, elles demeurent à un niveau qui risque de faire totalement fondre l’ensemble de la trésorerie dans un peu plus d’un an.

Plus de trésorerie, plus de salaires, plus d’achats. Une fin annoncée, par conséquent.

Eramet, de son côté, a fait savoir, depuis 2016, que la compagnie ne réinjectera pas de fonds dans la société calédonienne. Que reste-t-il donc à faire ?

ARRÊTER LES PERTES POUR 2020, DANS UNE COURSE CONTRE LA MONTRE
La SLN, pour survivre, doit renouer avec les bénéfices en 2020. Pour cela, deux leviers : l’un en interne, l’autre dépendant de parties prenantes.

En interne, l’urgence est d’augmenter le temps de travail sur mine. La Calédonie se distingue négativement, dans le monde des producteurs miniers : l’exploitation des mines s’arrête une partie de la nuit, ce qui correspond à un temps de travail de près d’un tiers inférieur aux concurrents. A l’usine, le Plan SLN 2020 doit mettre en œuvre une salle de contrôle unique et 4 quarts. La réorganisation des équipes doit apporter une meilleure qualité opérationnelle.

En externe, c’est la diminution du coût de l’énergie qui est vitale. Le procédé pyro-métallurgique de Doniambo a l’immense avantage d’être fiable, mais présente l’inconvénient d’être gros consommateur d’énergie. Avec la nouvelle centrale, l’économie visée est de 2 milliards.

AUTORISER LA SLN À EXPORTER DU MINERAI
Autre capacité de ressources, pour arrêter l’hémorragie des pertes : les exportations de minerai. La SLN a des clients pour du minerai de basse teneur, inutilisable par les fours de Doniambo, et donc sans préjudice pour la bonne gestion des ressources minières locales.

C’est la raison pour laquelle, la société a sollicité du gouvernement de nouveaux quotas d’exportation.

UNE FERMETURE DE MINES ET D’USINE ENVISAGEABLE
Aujourd’hui, plusieurs questions vitales se posent à la société en danger.

D’abord, certaines mines sont à bout de souffle, avec une exploitation dont la pertinence économique n’est plus avérée. Il en est ainsi de la mine de Kouaoua, autrefois fleuron mondial, mais aujourd’hui épuisée. Et les incendies de la Serpentine aggravent cette situation. La mine de Népoui pose également question, une question de compétitivité et de rentabilité économique.

L’hypothèse de fermetures -quasiment obligées- de mines entrainerait des conséquence inéluctables pour l’usine : l’arrêt d’un four, dans un premier temps. Et à terme, sauf à continuer à perdre des milliards, l’arrêt de l’usine.

EFFRAYANT OU ÉXAGÉRÉ ?
En clair, la SLN doit résoudre dans les 3 années qui viennent, la quadrature du cercle. En sachant que les délais sont trop courts pour mettre en exploitation un site nouveau, susceptible de se substituer, dans des conditions économiques satisfaisantes, aux mines de Kaouaoua et de Népoui.

Tout cela est inquiétant. Effrayant, diront certains. Exagéré, estimeront d’autres.

Mais en économie, les chiffres sont têtus, les résultats aussi. A de tels niveaux de pertes, aucune entreprise n’est viable. Et imaginer que reculer les échéance, c’est résoudre le problème est absurde. La Calédonie en fait la cruelle expérience en matière de santé et de protection sociale.

Le plus ancien outil métallurgique de Nouvelle-Calédonie est-il donc condamné ? Rien n’est définitif. Mais personne ne peut aujourd’hui écarter le risque d’une fermeture avant même que n’entre en production la fameuse centrale électrique à gaz, en 2023.

Resterait l’illusion d’une reprise en main par l’Etat. Comme dans la chanson : « Qui c’est qui paie, qui paie ? C’est la France qui paie » !

De l’illusion au rêve, il n’y a qu’un pas.