LA CRUELLE LEÇON D’ÉCONOMIE DE MACRON AUX RESPONSABLES CALÉDONIENS

Avec son sourire, son art maîtrisé du « en même temps » et sa réputation d’être « cash », Emmanuel Macron, lors de son discours du Théâtre de l’Île, a déroulé une vision économique du territoire « pour faire davantage », pour « structurer », « pour faire mieux », « pour mieux exploiter le territoire », « pour inventer une ambition nouvelle ». Une façon courtoise de relever les insuffisances économiques de la Nouvelle-Calédonie, et de ceux qui en sont responsables. Pas sûr que tous aient compris le message. Verbatim.

Pour enrober ses recommandations, le Président de la République les a liées à sa « stratégie Indo-Pacifique ». Il a même généreusement employé le « nous », en sachant pertinemment que le développement économique du territoire est désormais de la compétence des élus calédoniens.

FAIRE DAVANTAGE
Ainsi, au gré de son aimable allocution, il a évoqué « une ambition commerciale pour faire davantage, davantage dans toute la région, de l’agriculture à la pêche en passant par l’industrie, de faire de la Nouvelle-Calédonie un territoire exportateur« . En filigranne, « Vous pouvez faire mieux » !

AGRICULTURE : MIEUX EXPLOITER
En matière d’auto-suffisance alimentaire, rebaptisée « souveraineté alimentaire », le propos est plus précis : « Moins de 20% des besoins alimentaires de l’archipel sont couverts par la production, et l’espace ne manque pas (…) c’est à dire de mieux exploiter le territoire pour le bien de tous, c’est à dire de mieux nourrir la population, mais dans des règles et avec des pratiques qui permettront la aussi d’être cohérents avec nos propres ambitions en matière climatique (…)de construire une vraie stratégie protéinique, de construire et de développer un élevage à la mesure de nos besoins et de structurer nos filières agricoles« . C’est clair, net et précis : il y a du pain sur la planche !

INDUSTRIE : INVENTER UNE AMBITION, STRUCTURER
Pour Macron, le secteur du nickel -c’est à dire, le job de ses entreprises-, est plutôt exemplaire : « Le nickel, c’est une filière qui s’est structurée, qui s’est développée de manière exemplaire, (…) c’est un élément stratégique de « notre » développement« . Ça, c’est le côté pile. Côté face, : « Il nous faut continuer à structurer des filières industrielles, les filières industrielles de production et de transformation, les filières de service dans la transformation finale, mais pas uniquement (…)Il y a des filières aussi, comme le bois, qui ont un avenir sous-exploité, … ici aussi, nous devons être capables d’inventer une ambition nouvelle pour celle ci« . Messieurs, au travail, recommande le Président.

TOURISME : FAIRE MIEUX
En matière de tourisme, dont le potentiel n’a probablement pas échappé à l’expert économique qu’il est, le constat est encore moins équivoque. « Penser la stratégie économique de la Calédonie, c’est aussi penser le tourisme. Mais faisons nous assez bien, Pouvons nous faire mieux, sans doute oui (…) développer davantage les commerces, les installations, les infrastructures qui permettent d’accueillir davantage, de tirer parti de cette manne touristique, de créer des emplois pour nos jeunes afin que ce tourisme soit une chance assumée et que ces perspectives s’ouvrent« . Sympa, le Président quand il dit « nous ». Alors qu’il n’y est pour rien …

ÉNERGIE : UNE SOUVERAINETÉ  À CONSTRUIRE
A construire, selon lui : l’auto-suffisance énergétique. « L’énergie doit être également au cœur de cette ambition – biomasse – énergie marine – Il y a la aussi une souveraineté énergétique à construire – Du solaire en passant par les énergies marines et la biomasse, il y a toutes les voies et moyens d’une souveraineté énergétique de la Nouvelle-Calédonie« . Mais qu’avez-vous fait depuis tout ce temps, avec ce bois, ce soleil, cette mer que vous avez ?

TIRER DAVANTAGE PARTI DE LA MER
Enfin la mer.  » Et puis il y a la mer … Le mer, ici, est une chance qu’il faut pleinement reconnaître et qu’il faut pleinement transformer. La pêche est encore à développer bien davantage, la Nouvelle-Calédonie pourrait tirer parti bien davantage de ses ressources halieutiques, qui sont nombreuses, avec une capacité à exporter jusqu’en Europe (…) Thon de qualité dont les pratiques de pêche ne sont pas comparables avec les autre puissances de la région (…) Ce que je sais c’est que nous pouvons créer beaucoup plus d’emplois (…) algues, innovations, croissance bleue, il y a un continent de possibles« . Allez, braves gens, réveillez vous !

LE « LEADER OF FREE MARKETS » REDÉCOUVRE LE BLOCAGE DES PRIX
Il faut dire que les notes que le Président de la République a eu entre les mains, sur l’économie de la Nouvelle-Calédonie, a du provoquer, chez lui, quelques froncements de sourcils. Favorable à un modèle plutôt libéral -il a été présenté par le magazine Forbes comme le « leader of the free markets »-, il a redécouvert, en Nouvelle-Calédonie, la pratique du blocage des prix, la théorie du contrôle des marges des entreprises, de la relance par la consommation sans relance de la croissance des entreprises, le contrôle ou la volonté de contrôle par la puissance publique d’entreprises industrielles majeures, ou encore le monopole de l’OPT. Il a constaté que ses décisions concernant l’allègement et la modernisation du Code du Travail n’avait guère fait école. Il a découvert, ici aussi, les dérives de la dépense publique, et en particulier, celles des dépenses sociales et de santé.

Mais il a su, pour ce qui le concerne, donner son sentiment sur le futur institutionnel du territoire. « La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie » est une jolie formule qui a plu aux Calédoniens, et qui ne manque pas de sens. N’était-ce pas l’essentiel ?