DISCOURS DE MACRON À NOUMÉA : DÉCRYPTAGE EN 10 POINTS

Quels sont les éclairages que le Président de la République a voulu apporter sur sa perception du contexte calédonien ? Quelle est sa position intime sur le referendum d’autodétermination ? Quel rôle la France veut-elle jouer en Asie Pacifique ? Les réponses étaient présentes dans son remarquable discours prononcé samedi soir, au Théâtre de l’Île, à Nouméa. Décryptage.

Point n°1 – Réconcilier tous les passés pour se projeter dans l’avenir
Quand le Président parle du passé, c’est pour « la réconciliation des mémoires et des racines« , « pour se décharger d’un fardeau« , mais dans une perspective plusieurs fois répétée :  » se projeter dans l’avenir« . Le cœur de son discours réside dans ce tryptique : Emmanuel Macron se situe déjà dans l’après referendum. En clair, il a un coup d’avance !

Point n°2 – Tourner la page de colonisation qui fait place à un choix libre et démocratique
Il reprend les thèmes du préambule de l’Accord de Nouméa des « ombres et des lumières« , « sans déni et sans repentance« , mais pour indiquer que l’échéance du 4 novembre, doit tourner la page de la colonisation. Et une fois encore, se projeter vers l’avenir.

Dans cet esprit, la restitution de l’acte de prise de possession n’est pas un renoncement. Il marque la fin d’une « décision unilatérale » pour faire place à « un lien réinventé« . En clair, l’acte de colonisation va faire place à un libre choix démocratique. C’est, en quelque sorte, au travers du referendum d’autodétermination, l’ultime étape de la décolonisation.

Or, le scrutin d’autodétermination est organisé avec la participation de l’ONU. Le Président ne pourra manquer de présenter son résultat à l’instance internationale, et au cas où le choix des Calédoniens serait de demeurer dans la France, de faire constater leur choix libre et démocratique de décolonisation …

Point n°3 – Chacun a sa place place dans l’avenir de la Nouvelle-Calédonie
Dans le cheminement de l’Histoire de la Nouvelle-Calédonie, jalonné « d’étapes« , il indique que tous ont leur place dans cet avenir, dans une énumération sans faille. Un peu à la manière de Paul Dijoud, un ancien ministre de l’Outre mer, qui, lors de ses visites,  s’adressait à chaque composante de la société calédonienne.

Il nu manque pas d’inclure, dans la société locale, les « pieds noirs et des harkis« . Une attention à l’égard de ceux qui furent particulièrement choqués par les déclarations du candidat Macron en Algérie, parlant de crimes contre l’humanité lors de la colonisation.

Kanak, pionniers, missionnaires, ouvriers des mines, commerçants, personnels de santé, militaires, pieds noirs et des harkis « arrivés dans l’angoisse des événements en Algérie« , européens, hommes et femmes venus du Pacifique. « C’est cela, la Nouvelle-Calédonie« .

Point n°4 – Referendum : le Chef de l’Etat ne prend pas parti, mais … exprime son sentiment
Président de la République, il indique qu’il se gardera de prendre parti pour le referendum, parce « ce n’est pas au Chef de l’Etat de prendre position sur une question qui n’est posée qu’aux seuls Calédoniens« . C’est sans appel.

MAIS, de manière subliminale et romantique, il indique clairement sa préférence par deux formules habiles, après avoir rappelé les sacrifices et les liens de sang entre la France et ce territoire lointain : « La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie« . « Sans la Calédonie, la France ne serait pas la même« .

Point n°5 – Un processus dont la France est fière
Le Chef de l’Etat a voulu rappeler le processus exemplaire de la Nouvelle-Calédonie -Accords, Institutions, rééquilibrage-, fierté de la France, et processus inventé et admiré par le monde entier, affirme-t-il. En en attribuant une partie de la paternité aux Calédoniens.

Point n°6 – Des noms cités : choisis avec soin …
Quelques noms ont été cités, par le Président de la République : les « géants », Jacques Lafleur et Jean Marie Tjibaou, puis Marie-Claude Tjibaou, Isabelle Lafleur qu’il a remerciées pour la poursuite d’un engagement, Jacques Iekawe, Jean Lèques et encore Christian Karembeu.

Point n°7 – La souveraineté dans la souveraineté
« La souveraineté dans la souveraineté » : les Calédoniens vont s’exprimer souverainement le 4 novembre prochain, une expression s’inscrivant dans la souveraineté de la France.

Le Président évoque également, à plusieurs reprises, un autre type de souveraineté : la souveraineté économique ou encore la souveraineté énergétique. Mais pas d’équivoque constitutionnelle qui irait au delà du concept de la « souveraineté partagée » inscrit dans l’Accord de Nouméa.

Point n°8 – La « stratégie Indo-Pacifique » de la France
Géopolitique, Economie, lutte contre le Réchauffement Climatique sont au cœur de la stratégie Indo-Pacifique développée par Emmanuel Macron, probablement en Australie la semaine dernière et à New Delhi lors de son récent voyage en Inde.

Le Président de la République énonce clairement un « axe Paris-New Delhi-Canberra« .

Territoires français du Pacifique et de l’Océan Indien, présence militaire, échanges économiques et désormais seule porte de l’Europe depuis le retrait de la Grande-Bretagne, Cop21 et leadership pour la lutte contre le réchauffement climatique, remise en cause d’accords économiques conclus avec les USA en cette zone du monde, voilà les éléments qui justifient une « nouvelle ambition » pour la France : ce que le Président désigne par la « stratégie Indo-Pacifique« .

Point n°9 – Le Président inscrit déjà la Nouvelle-Calédonie dans la « stratégie Indo-Pacifique »
Le jour d’après, la vie continuera. Apprenez à conjuguer au futur, dit le Président, plutôt que l’imparfait. C’est sur ce chapitre qu’il laisse percer une pointe d’enthousiasme. Il décrit l’avenir de cette région du monde, et surtout l’ambition de la France qui demeure la seule puissance européenne présente. « La Chine est en train de construire son hégémonie« . Partenaire, certes, mais « si nous ne nous organisons pas, cette hégémonie réduira nos libertés« . Et d’intégrer la Nouvelle-Calédonie dans le grand projet de la France en « Indo-Pacifique ».

Dans cette ambition, la Nouvelle-Calédonie doit organiser et développer son développement économique, « sa souveraineté économique« , que le Président inclut dans sa « stratégie Indo-Pacifique » : les filières de services, les filières industrielles, l’entreprenariat, la filière numérique, le bois, l’énergie, la mer, la pêche, et bien sûr le nickel. « Penser le développement économique, c’est aussi penser le tourisme« .

En clair, et sans cruauté, ce qui reste à faire, et donc, qui n’a pas été fait …

La lutte contre le réchauffement climatique, en partenariat avec nos grands voisins, demeure un projet porté par la France. Le Président a souligné cette ambition pour le Pacifique, nourrie « des pratiques ancestrales », et mariées avec les innovations du 21e siècle.

Dans cette ambition, Emmanuel Macron pratique habilement la conjugaison du projet de la France en y associant directement la Nouvelle-Calédonie de l’après-referendum. « Nous pouvons faire davantage » et non pas, « vous pouvez faire davantage« .

Point n°10 – Nouvelle-Calédonie, Terre de Regards
Terre de Parole, Terre de Partage : à la devise de la Nouvelle-Calédonie, le Président de la République ajoute une autre locution.

« C’est une Terre de Regards », a-t-il conclu, en évoquant sa perception des émotions ressenties, et qu’il a constatées lors de son séjour. Et une nouvelle fois, l’allusion au jour d’Après : « J’aimerai que ces regards se tournent vers l’avenir. » Tout, ou presque, est dit dans cette conclusion.