EN CALÉDONIE, CRISE OU PROSPÉRITÉ ?

 

Qui croire ? Pour les Républicains Calédoniens, « Tous les voyants sont au rouge » en matière économique et sociale. Pour Calédonie Ensemble, la situation n’a jamais été aussi bonne, et la plupart des voyants sont repassés au vert ! La population ouvre grand ses yeux et ses oreilles et s’interroge. Perplexité.

DEUX CONFÉRENCES DE PRESSE CONTRADICTOIRES
Conférence de presse du parti de Sonia Backès. C’est Grégoire Bernut qui sonne la charge. « Les recettes fiscales continuent de baisser, l’endettement s’envole« . L’emploi ? Le secteur public recrute et alourdit la barque de ses charges, tandis que le secteur privé subit des destructions d’emploi. Quant aux régimes sociaux, « le Ruamm frôle la cessation de paiement« .

Conférence de presse de Calédonie Ensemble, en réponse. « Élucubrations » riposte Philippe Michel. L’indicateur du climat des affaires a rebondi, et les chefs d’entreprises virent à l’optimisme, selon l’IEOM. L’emploi ? Impossible de parler de dégradation : la progression a regagné le niveau de 2015. Les pertes d’emploi dans le secteur privé sont même qualifiées de minimes. La production de nickel atteint des records, tandis que la fréquentation touristique dépasse les 120 000 touristes et que les crédits bancaires se portent bien.

Il existe donc, aux yeux des deux formations politiques, deux Calédonie différentes : l’une en crise, l’autre en retour à la prospérité. Reste à la population d’apprécier ces déclarations selon ses ressentis, ses situations personnelles et familiales, et aux entreprises d’y retrouver ses petits.

LES MOTS ET LES CHIFFRES
En fait, ces déclarations s’inscrivent dans un contexte de campagne électorale, un contexte qui dessine deux grandes tendances : celle qui désapprouve la politique économique et sociale personnalisée par le Président du gouvernement Philippe Germain, cité par les Républicains Calédoniens, et celle qui la soutient, en l’espèce, Calédonie Ensemble.

Sur la scène politique, c’est la communication qui fait rage. Les mots et les chiffres sont repris par les uns, fustigés par les autres. L’IEOM annonce que l’emploi est en hausse. C’est vrai. Mais ces chiffres recouvrent des recrutements importants dans le secteur public et des destructions d’emplois dans le privé, ce qui fait dire aux opposants -et à de nombreux chefs d’entreprise- qu’alourdir la dépense publique ne fait qu’aggraver la situation économique du territoire. Alors que les pertes d’emploi dans le secteur privé sont le seul véritable indicateur de la santé économique.

La production de nickel est très haute. C’est une vérité et c’est heureux car l’appareil productif a été multiplié par 3. Mais la SLN supprime 300 postes, et son plan compétitivité n’est pas encore abouti pour la rendre bénéficiaire. Quant aux deux autres usines, baisse de production et cours encourageant du nickel leur ont redonné le moral. Mais doit-on dire que la situation est meilleure ou qu’elle est moins pire ?

Les responsables touristiques annoncent des chiffres record : plus de 120 000. C’est vrai. Avec 15 000 Wallisiens, Futuniens, Vanuatais et Polynésiens … Et les hôteliers n’ont enregistré, quant à eux, que moins de 70 000 clients.

Reste les régimes sociaux. Personne ne peut contester qu’ils sont au plus mal, puisque les responsables de la Cafat, eux-mêmes, décrivent la situation comme un état de quasi-faillite.

QUE PENSENT LES AUTRES ?
Voila au moins l’expression de deux partis politiques. Aura-t-on le point de vue des indépendantistes, du Rassemblement Les Républicains et du MPC dans les jours à venir ?

Quant à la population, elle assiste, soit médusée, soit circonspecte, à ces grands duels de chiffres et de mots.

Au gré des débats qui s’annoncent au Congrès sur la TGC, le redressement des comptes sociaux, du budget supplémentaire, et de la nécessaire prise en compte des résultats économique de la Nouvelle-Calédonie, elle pourra sûrement se faire une opinion plus précise.

La population, probablement. Les électeurs, c’est certain.