LE FRANÇAIS DE CHEZ NOUS : AUJOURD’HUI « LE CRABE »

NouméaPost reprend  la chronique de Gaby Briault sur RRB, « le français de chez nous », sur les mots particuliers utilisés dans la langue française telle qu’elle est parlée en Nouvelle-Calédonie : aujourd’hui, « le crabe ».

Dans le français standard, le crabe est le nom courant de plusieurs crustacés qui sont d’ailleurs directement désignés par leur nom. Les araignées de mer, les étrilles, les tourteaux sont des crabes mais généralement, au restaurant ou chez le vendeur de crustacés, on demande par exemple des étrilles ou des tourteaux.

En Nouvelle-Calédonie, un crabe est un crabe ! C’est soit un crabe de palétuvier, soit un crabe de cocotier, un crabe de terre ou encore un crabe batailleur.

La pêche aux crabes fait partie d’un mode de vie local. On peut ainsi pêcher « au trou », un exercice qui peut être périlleux quand on a le bras plongé dans le trou habitable du crustacé jusqu’à l’épaule. On peut pêcher au moyen de nasses (on dit aussi les « nazes »), piège dans lequel une fois entré, le crabe ne peut plus en sortir. On peut enfin « ramasser » des crabes, soit sur un platier –et il faut avoir, dans ce cas, une solide expérience et des yeux habitués-, soit dans la mangrove -et en Calédonie, on dit « dans les palétuviers »-.

Les anciens de Dumbéa qui pêchaient à l’embouchure de la rivière racontent qu’il y avait tellement de crabes qu’ils ne récoltaient que les pinces ! Et ce ne sont pas des histoires « à Jeulin » dont je vous parlerai bientôt !

Crabe peut être également utilisé au sens figuré. Chacun sait ou devrait savoir que les crabes se déplacent plutôt latéralement. On dit ainsi qu’un conducteur qui prend un virage en faisant déraper latéralement sa voiture, qu’il prend son virage « en crabe ». On peut dire également user du néologisme « crabiole ».

Quand on met les crabes dans un panier tressé, on constitue évidemment « un panier de crabes ». Mais l’autre signification de « panier de crabe », espace de querelles et de petits arrangements, est la même dans l’hexagone et en Calédonie. Preuve que si nous parlons un français régional, notre langue reste assise sur le français.