2018 : LES ÉPREUVES QUI ATTENDENT LE GOUVERNEMENT GERMAIN

L’année 2018 est cruciale à double titre. Il s’agit d’abord du scrutin d’autodétermination d’octobre prochain. Le résultat attendu est un « oui au maintien de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République », mais les conditions de préparation, de déroulement et d’après referendum demeurent, à plusieurs égards, une interrogation. Une certitude : au lendemain du scrutin, soit la Calédonie est indépendante, soit elle demeure régie par la Loi organique. Dans ce dernier cas, le plus probable, point de vide juridique : la vie va continuer.

En revanche, le quotidien des Calédoniens est quasiment une énigme. Chômage, situation des comptes sociaux, budgets, article 27, devenir de Vale, situation de l’économie, TGC, rien de tout celà n’est aujourd’hui prévisible. L’enjeu, au bout de l’année, est considérable : c’est probablement le pouvoir en Nouvelle-Calédonie pour les cinq année qui vont suivre avec des élections provinciales normalement programmées en mai 2019. C’est à dire demain. Challenges.

LES BUDGETS ET LES FINANCES PUBLIQUES
La première échéance sera celle du vote des budgets publics au cours de la seconde moitié de janvier, celui de la Nouvelle-Calédonie en propre et celui des autres collectivités au travers du budget de répartition.

L’exercice n’est pas simple ainsi que le laisse à penser le rapport sur les orientations budgétaires, même si le gouvernement table sur une augmentation de l’impôt sur les sociétés et sur celui des personnes physiques. Ces recettes espérées ne seront pas suffisantes. « Trouver des nouvelles ressources », examen de la « pérennité de certaines exonérations fiscales », « facturation des frais de gestion » du budget de reversement, « plan de réduction de la masse salariale » sont les mesures phares annoncées pour équilibrer les finances publiques.

Les contraintes budgétaires vont générer des mécontentements. C’est déjà le cas dans les établissements publics. Deux questions se posent donc : les mesures citées seront-elles prises ? Comment le mécontentement sera-t-il géré ?

LE CHOMAGE
Le gouvernement est relativement optimiste. Dans son document, il titre : « la croissance de l’économie calédonienne : une embellie après deux années plutôt moroses« . En matière d’emploi, il annonce une stabilisation des effectifs « après deux années de destructions de postes« . Aucun doute : les chiffres du chômage seront scrutés à la loupe en 2018 …

LA SITUATION DES COMPTES SOCIAUX
Les comptes sociaux de la Nouvelle-Calédonie sont exsangues. Certains sont même au bord de la faillite. Première mesure envisagée par le gouvernement : assurer la trésorerie du Ruamm en lui versant 2 milliards escomptés de l’augmentation de la taxation des alcools. Mais cela sera très insuffisant. Quid du retour à l’équilibre des autres régimes ? Quid du modèle social calédonien et de sa gestion ?

Le Plan Do Kamo propose un remède de cheval pour rétablir l’équilibre du Ruamm à raison de 4 milliards de réduction de dépenses pendant 4 ans. Il ne résout pas cependant la dette abyssale du régime.

Le gouvernement mettra-t-il en œuvre toutes ces réformes indispensables ?

LE DEVENIR DE VALE
A proprement parler, le gouvernement n’est pas comptable de la situation de Vale-NC. Mais « gouverner c’est prévoir », et la décision de l’opérateur est aujourd’hui prévisible : soit il met l’usine sous cocon, soit il trouve enfin un partenaire lui permettant de construire ses installations de stockage de déchets. Mais dans les deux cas, il y aura un coût social : considérable, si l’usine est mise à l’arrêt, important si un nouvel actionnaire est trouvé en partant du principe qu’il serait illusoire d’imaginer que dans cette hypothèse, ce dernier se satisfasse des résultats d’exploitation actuels et à venir.

Il appartiendra notamment au gouvernement de préparer cette échéance -probablement plusieurs centaines de réductions d’emplois- qui revêt, comme on dit, un intérêt pays.

LES TRANSFERTS OPTIONNELS PRÉVUS À L’ARTICLE 27
Les fameux transferts optionnels prévus à l’article 27 de la Loi Organique ne relèvent pas, à proprement parler, de la compétence du gouvernement. Mais lors de sa première déclaration de politique générale, le président de l’Institution avait pris quelque engagement sur le sujet. Un engagement que ne manquerons probablement pas de rappeler les élus du FLNKS.

LA SITUATION DE L’ÉCONOMIE CALÉDONIENNE
Le gouvernement prévoit « une embellie générale » pour 2018 « largement imputable au nickel« .

Il considère, mais ce n’est nouveau pour personne, que « le modèle économique calédonien est à bout de souffle« , tout en rappelant que « le chantier compétitivité-croissance » demeure le « pilier de la réforme du modèle économique calédonien » et qu’il n’est pas achevé.

Le gouvernement va-t-il se borner à appliquer un contrôle des marges par les administrations, volet aujourd’hui presqu’unique des mesures de « compétitivité », va-t-il ajouter au dossier la lutte contre les abus d’absences pour maladie, les jours de carence et autres mesures susceptibles de donner de l’oxygène aux entreprises ?

C’est une question qui devrait trouver son épilogue en 2018, mais qui pourrait être marquée, soit par un infléchissement de Calédonie Ensemble sur sa vision économique affichée, soit par des tensions internes au sein de la « plate-forme » où MPC et Rassemblement prônent une approche plus libérale de l’économie.

Ce sujet, en tout cas, marquera fortement l’action du gouvernement en 2018. Et la campagne électorale pour les provinciales qui est d’ores et déjà lancée …

LA TGC
C’est dans quelques mois que la TGC devrait sortir de sa période d’essai, et entrer en pleine application. Le nouvel impôt est très critiqué pour sa complexité provenant de la multiplicité des taux, une multiplicité qui provoque des migraines aux gestionnaires.

La TGC sera-t-elle mise en œuvre à la date prévue, et dans sa forme initiale ? Un recul et une refonte des taux seront-ils envisagés ? Encore une question à forte incidence économique … et électorale.

ET LA CAMPAGNE ÉLECTORALE …
Le gouvernement sera le porte-étendard des partis de la « plate-forme » et des indépendantistes. Il peut être impliqué dans la préparation du referendum, il le sera par nature dans les mesures économiques, financières et sociales à prendre en 2018.

Selon qu’il créera la satisfaction du plus grand nombre, ou l’ire d’une majorité d’électeurs, il s’attirera le soutien inconditionnel d’une majorité au Congrès ou pas.

Une certitude : avec un calendrier exceptionnellement chargé, le « temps calédonien » va s’écouler très rapidement, et les opinions politiques vont tout aussi rapidement se fixer.

En particulier, celles de la masse considérable des abstentionnistes aux élections législatives. Et qui pèsera de manière déterminante aux « élections du Pouvoir » de mai 2019.