DÉBAT D’ORIENTATION BUDGÉTAIRE AU CONGRÈS : LA CAMPAGNE ÉLECTORALE DES PROVINCIALES A DÉBUTÉ

Cela n’aura pas échappé aux observateurs politiques : au travers du débat sur le « Dob » (Débat d’Orientation Budgétaire), les arguments de fond comme de forme se sont inscrits dans une échéance somme toute très proche, les prochaines élections provinciales. Avec un enjeu fondamental dans toute démocratie : le Pouvoir. Décryptage.

EMBELLIE GÉNÉRALE ANNONCÉE
Les constats, les difficultés annoncées, les « pistes » de solution amorcées présentaient deux caractéristiques : leur réalité et, parfois, leur pertinence d’une part, leur énoncé quelquefois maladroit et l’absence de stratégie globale d’autre part. Tout est d’ailleurs dans la conclusion : « modèle économique à bout de souffle », « seules l’évaluation des politiques publiques et leur révision, ainsi qu’une contraction majeure de nos postes de dépenses incompressibles (!) permettront d’adapter les dépenses à un cadre contraint », « recherches de nouvelles ressources », « établissements publics qui ne pourront soutenir le rythme qu’imposent nos besoins budgétaires ». L’orientation de fond qui, répétée, prend l’aspect d’une incantation : « la transformation de notre modèle économique favorisant une redistribution mieux équilibrée est inévitable« , reprend l’antienne de la « compétitivité/croissance », confirmée comme le « pilier du modèle économique calédonien » du gouvernement actuel.

Le rapport annonce pourtant « une embellie générale » pour 2018. Celle-ci serait fondée sur la progression du nickel, mais … plus timide dans les autres secteurs. Et d’annoncer pour l’an prochain, l’arrêt de la destruction d’emplois dans le secteur privé. Impasse à l’évidence faite sur le cas de l’usine Vale, dans le sud.

CONSTATS DE SITUATIONS CONNUES DEPUIS PRÈS DE 3 ANS
L’analyse prend en compte notamment l’insoutenabilité du modèle social actuel. « Un déficit attendu du Ruamm très problématique« . Et c’est la faiblesse politique du document. Les constats effectués sont prégnants depuis plusieurs années. Ainsi, le déficit du Ruamm, ses projections catastrophiques pour les 10 années à venir, ont même été exposés publiquement dans des conférences universitaires.

Bien sûr, la baisse des recettes budgétaires, l’augmentation des dépenses publiques, l’endettement presque maximum de la Nouvelle-Calédonie limitant désormais le recours à l’emprunt, tout est inscrit.

TAXE SUR L’ALCOOL AU SECOURS DES PROVINCES ET DU RUAMM
Dans l’urgence, une augmentation drastique de la fiscalité sur les alcools sera proposée au Congrès. Rendement espéré : entre 4,5 et 5,4 milliards. « 3 milliards viendront soutenir les Provinces par la prise en charge des dotations globales de fonctionnement hospitalières« , et le solde « devrait financer une partie du Ruamm à hauteur de 2 milliards environ« .

Cette dernière dotation permettra au Ruamm de surmonter son impasse actuelle de trésorerie. Restera à juguler les déficits du régime qui « plongent » vers les 20 milliards.

Et restera également, comme chacun l’espère, un volet d’actions pour la prévention et la répression des abus d’alcool.

GÉRER LE PIRE EN PÉRIODE ÉLECTORALE
Le referendum de 2018 a tellement mobilisé l’option publique qu’elle pourrait masquer un rendez-vous majeur pour la conservation ou le changement de pouvoir en Nouvelle-Calédonie : les élections provinciales de mai 2019, c’est à dire dans à peine un peu plus d’un an.

Pour la majorité au pouvoir, ce sera la quadrature du cercle. Et le rapport du « Dob » le confirme. Les contribuables, les entreprises, les fonctionnaires ont de quoi se faire du souci, à moins d’un miracle … ou d’un report des solutions au delà de mai 2019.

Certes, tout laisse à penser que néanmoins, les projets d’augmentations des impôts directs seront mis de côté. Reste la taxe sur les boissons sucrées et la TGC, dont les taux multiples, s’ils sont maintenus, provoqueront les migraines des comptables et du secteur privé.

Côté exonérations fiscales, ce sera un coup de rabot pour récupérer une partie des 36 milliards que coûtent ces incitations.

Les interventions, c’est à dire les aides aux secteurs non publics et aux associations, vont subir une baisse. Comme disait -fort justement- un ancien « ministre des finances et du budget : « quand y’a pas, y’a pas« .

La fonction publique, plus développée en Calédonie que dans la moyenne des pays comparables, devrait également se serrer la ceinture. Masse salariale « contractée« , « réduction des établissements publics » seront probablement d’autant plus nécessaires que les tenants des comptes publics ne disposent plus d’aucune marge de manœuvre.

CAMPAGNE ÉLECTORALE ET DOB
Tous ces sujets feront l’actualité politique de 2018, en plus du scrutin d’autodétermination. Certes, ce dernier est essentiel. Il pourra être émaillé de quelques désordres publics. Il mobilisera tous les électeurs admis à voter. Mais le jour d’après est pratiquement connu, et les institutions continueront à fonctionner tout comme la loi organique .

Or cette dernière prévoit un renouvellement des institutions. Dans 17 mois, c’est à dire, passées les vacances, la rentrée, le premier tiers d’IRPP, demain. La campagne électorale a donc commencé.

Les interventions des élus des Républicains Calédoniens se sont totalement inscrites dans le thème de cette campagne : la situation budgétaire, économique et sociale du territoire. Le parti nouvellement créé joue, sans ses anciens partenaires désormais dans la « plate-forme », la carte de l’opposition tranchée au pouvoir en place.

Ce dernier, quant à lui, va devoir gérer. Toutes les difficultés.

Sur les pistes tracées, jonchées d’épines et de larmes, sans alternative de gestion, il peut entreprendre la réussite. Mais à quel prix électoral ?