SEISME À HIENGHÈNE : GOA BATTU – L’ANALYSE D’UN SCRUTIN

Hienghène n’est pas une commune comme une autre. Longtemps administrée par Yves de Villelongue, du RPCR, elle a été conquise par Jean-Marie Tjibaou, Président de l’Union Calédonienne. Cruellement marquée par les événements, la municipalité s’est ensuite inscrite dans la continuité UC avec Daniel Fizdiepas, puis Daniel Goa. La conquête que vient de réaliser le Palika a de nombreuses conséquences. Analyse.

Daniel Goa n’est pas « que » maire de Hienghène, fonction déjà hautement symbolique dans la liturgie de l’UC. Il y a tout juste une semaine, il s’est fait littéralement plébisciter à la tête de l’Union Calédonienne à l’issue d’une campagne très dure à l’égard de « la puissance coloniale », l’objectif de souveraineté « du peuple kanak », et un fracassant « niet » à tout accord sur le sortie … des Accords.

DEUX SIGNIFICATIONS
Sa défaite porte, pour cette raison, deux significations évidentes.

D’une part, les électeurs de Hienghène ont répondu en majorité à la proposition de changement municipal prônée par André Levy du Palika. Exit le successeur de Tjibaou à la magistrature de la commune. D’autre part, la majorité des électeurs a montré sa non-adhésion au discours du Président de l’Union Calédonienne. Exit l’UC.

Mais sur l’échiquier politique, les conséquences sont d’une autre nature.

UNE FORME DE RÉGLEMENT DE COMPTE
Paul Néaoutyne, fâché avec les acteurs de la « plateforme », poursuit un dialogue constructif avec l’Etat -pas forcément avec ses « partenaires » locaux- et se trouve renforcé dans sa démarche. Et comme pendant la campagne présidentielle récente, il a été le seul à soutenir Emmanuel Macron, son poids n’en sera que renforcé à Paris.

Au plan local, il fait également payer à l’UC son absence de soutien officiel aux candidats du Palika aux élections législatives et sénatoriales, même si Daniel Goa, « à titre personnel », leur avait apporté sa voix.

Enfin, au sein de l’UC, le choc est rude. Désaveu proche de l’humiliation, l’échec de Daniel Goa pourrait mettre du baume au coeur des battus du Congrès du parti ainsi qu’à plusieurs comités du sud. Mais ce serait une erreur de croire que seul le Président du plus vieux parti calédonien est atteint. C’est tout le mouvement qui subit un échec.

PRÉSIDENCE DU GOUVERNEMENT
Au plan local, enfin, l’élection de Hienghène peut-elle apporter un élément nouveau à celle du Président du gouvernement ?

Difficile d’imaginer qu’après cette défaite et après les déclarations récentes de son Président, l’UC, parti indépendantiste, apporte une voix aux loyalistes pour sortir de la crise.

Difficile d’imaginer, tout autant, que fort de son succès et peu oublieux de l’épisode tendu des législatives, Paul Néaoutyne décide d’apporter son soutien à un Président de Calédonie Ensemble.

Mais en politique, si tout n’est pas possible, en revanche, tout peut arriver. Une chose est sûre cependant : dans un climat d’incertitude croissante, la défaite de Goa et la victoire du Palika ajoute aux interrogations sur le casse-tête calédonien.