Vendredi 5 Août – « OPTION » EVENTUELLE DE FERMETURE DE L’USINE DU SUD EN FIN D’ANNÉE – Rumeur, psychose et inquiétudes

Le Journal de Montreal
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LA FERMETURE EVENTUELLE DE L’USINE DU SUD EN FIN D’ANNÉE – Rumeur, psychose et inquiétudes

Depuis plusieurs mois, les analystes du nickel observent l’évolution des grosses unités de production en Nouvelle-Calédonie. Certes, la demande du métal demeure croissante même si cette croissance s’est très sensiblement ralentie, mais surtout, la production s’est accrue. Avec de surcroît des opérateurs très compétitifs –et qui gagnent de l’argent- comme à Madagascar ou près des Balkans. Alors que l’on s’approche du verdict des dirigeants brésiliens, l’usine du Sud fermera-t-elle en fin d’année, comme le prétend une rumeur qui enfle ? Commentaires.

Sur quoi repose cette inquiétude ?

En novembre dernier, le Crédit Suisse estimait que « des réductions de 35 000 à 65 000 tonnes des stocks mondiaux de nickel sont nécessaires pour renforcer le marché ». Mais surtout, en raison de « ses coûts de production très élevés et de flux de trésorerie négatifs », le banquier jugeait qu’en mettant « en veille le site industriel de Goro », la multinationale réduirait sensiblement ses pertes tout en envoyant un signal fort au marché.

DES PERTES COLOSSALES

Le brésilien a enregistré en 2015 des pertes colossales, parmi lesquelles l’usine calédonienne prend un part importante avec près de 40 milliards FCFP.

Dans ce contexte inquiétant, d’autres analyses sont venues renforcer les incertitudes qui pèsent sur l’usine de Goro. Colin Hamilton, responsable des études sur les matières premières chez Macquarie à Londres, déclarait même : «Je suis étonné que Valé n’ait pas fermé en décembre »

Bloomberg Business écrivait que selon Morgan Stanley, « l’une des raisons majeures pour laquelle les producteurs n’ont pas encore opéré de réductions significatives de production, c’est qu’ils attendent qu’une grosse unité comme Vale et Koniambo ferme la première ». Et que la fermeture d’un seul de ces deux mega-projets en Nouvelle-Calédonie, cinquième producteur mondial, serait suffisant pour rééquilibrer le marché et, peut être, de relancer les prix !

UNE AMENDE DE 6000 MILLIARDS FCFP !

Depuis, les cours n’ont que très légèrement progressé. En tout cas, pas assez pour compenser les coûts de production des installations calédoniennes dont les efforts de compétitivité sont pourtant réels et très importants.

En mai dernier, la justice brésilienne a réclamé aux propriétaires de Sanmarco, société appartenant à Vale et BHP, la somme pharamineuse de 55 milliards de dollars, soit environ 6.000 milliards FCFP pour qu’ils réparent «intégralement» les dommages sociaux, économiques et environnementaux causés par la catastrophe du Rio Doce.

Le 5 novembre 2015, un barrage minier édifié sur ce cours d’eau avait provoqué la pire catastrophe écologique qu’ait connu le Brésil, entraînant également la mort de 17 personnes et la disparition d’un village entier.

« NOUS SOMMES EN TRAIN D’ANALYSER
NOS OPTIONS POUR LA CALÉDONIE »

Certes, la mise en sommeil de l’usine de Goro serait bien loin de suffire à répondre aux multiples difficultés de son propriétaire, mais ce dernier doit bien mettre en place une stratégie pour se maintenir en vie, face à la crise des matières premières et cette possible condamnation.

D’autant que l’historique de l’unité du sud est émaillé par des ennuis récurrents avec les populations locales comme avec les autorités officielles, donnant le sentiment au brésilien que sa présence n’est guère souhaitée en Nouvelle-Calédonie.

Pour corser le tout, il faut se souvenir de la déclaration récente à Londres de Jennifer Maki, responsable métaux chez Vale : « Nous sommes en train d’analyser nos options pour la Nouvelle-Calédonie » … après avoir indiqué que la patience de l’industriel était à bout.

Cette option sera-t-elle la mise sous cocon du joyau technologique calédonien en attendant le retour à meilleure fortune du marché ?

Ce serait, pour le territoire qui entre dans une crise sans précédent, un véritable tsunami dont les conséquences sociales et politiques sont difficiles à appréhender.

Une chose est certaine : ces conséquences locales pèseront peu dans la décision des responsables de Vale.