CRISE DE LA GRÈCE – Les enjeux

Remarquable intervention de Patrick Artus, Chef économiste chez Natixis et professeur d’économie à la Sorbonne sur la crise grecque et ses conséquences sur LCI. Plusieurs points soulignés par cet expert méritent d’être relevés.

url-1Premier point : les banques privées ne supporteraient pas le poids principal de la dette grecque en cas de sortie de l’Europe, cette dette ayant été reprise par les Etats.

Deuxième point : selon Patrick Artus, les conséquences de la sortie de la Grèce de l’Europe auraient des conséquences limitées, rapportées aux grands chiffres des Etats et aux chiffres internationaux.

Pour la France, le coût direct serait de l’ordre de 20 milliards d’euros, et il estime le coût total comprenant les effets indirects et collatéraux à 70 milliards d’euros. Encore faut-il rappeler qu’une grande partie de cette somme serait remboursée par l’Europe. Quant au reste, la France pourrait être émettre des obligations sur le marché et étaler cette dette sur plusieurs dizaines d’années. En clair, souligne Patrick Artus, dire que la « Grexit » coûterait à chaque français aux alentours d’un millier d’euros n’est pas du tout la réalité, ce coût pouvant être étalé sur une très longue période.

Troisième point : au delà du 20 juillet et en cas d’absence d’accord avec les dirigeants européens et la BCE, et si cette dernière décide de ne plus accorder de lignes exceptionnelles de liquidités au banques grecques, la Banque Centrale de Grèce devrait émettre une monnaie locale pour refinancer la système bancaire grec et permettre au pays de fonctionner. Cette monnaie devrait avoir une valeur de l’euro dévaluée de l’ordre de 40%.

Quatrième point : l’appareil productif grec est aujourd’hui très affaibli, le secteur non marchand, et notamment l’appareil administratif est très lourd, le tourisme contribue à hauteur de 6% seulement du PIB grec. Le problème de fond de la Grèce est de rebâtir une économie et de créer de nouvelles valeurs ajoutées.

Cinquième point : la décision de l’Europe devra tenir évidemment compte des pays comme l’Italie, l’Espagne ou le Portugal qui ont accepté des efforts considérables qui commencent à produire leurs effets. De nouveaux prêts pour simplement financer les intérêts –déjà considérablement diminués- de la dette de la Grèce ne sont pas une solution. Le Premier ministre grec Tsipras devra présenter à la fois un plan de rénovations structurelles de son pays, et surtout, un véritable plan de développement économique.

A noter que Patrick Artus –que personne ne peut accuser de proximité avec le parti Syriza- estime, à propos des exigences des créanciers de la Grèce « Aucun économiste sérieux ne peut avaliser ce plan mal fichu et très déraisonnable », et ajoute que « Le premier ministre grec, Alexis Tsipras, a des raisons d’appeler à voter non au référendum du 5 juillet. Le programme des créanciers n’est pas acceptable. Demander à une économie en récession de 3 % à 4 % d’afficher un excédent primaire [le solde budgétaire avant paiement des intérêts de la dette] de 1 %, c’est la condamner à ne pas se redresser ».