LE CHAMPION DU MONDE DE LA SOCIÉTÉ NUMÉRIQUE EN CALÉDONIE

L’Estonie a créé Skype. Combien de Calédoniens le savaient ? Ce petit pays de 1,3 millions d’habitants est devenu le champion du monde de l’internet. Il compte 4 « licornes », c’est à dire d’entreprises dans les nouvelles technologies valant chacune plus de … 120 milliards de francs CFP ! Un exemple pour la Calédonie ? Hum … Il y a encore du chemin à faire ! Siret Shutting, directrice marketing et communication de Cybernetica, experte de la stratégie numérique, de la cybersécurité et de l’e-Gouvernement, a fait le déplacement à Nouméa à l’invitation de la CCI. Une initiative à saluer, et effectivement, un exemple inspirant.

Tout a commencé avec Skype, dont l’immense succès a été le catalyseur du développement estonien. Fondée en 2003 et rachetée il y a huit ans par Microsoft, l’entreprise n’a plus rien d’une start-up, mais elle a démontré une chose : que ce petit pays de la Baltique pouvait devenir un champion de l’exportation.

Ce qui n’était pas une évidence. Lorsqu’elle retrouve son indépendance, il y a vingt-huit ans, l’Estonie est un pays en ruine. Possédant peu de richesses et ressources naturelles, le pays avait été ravagé par des décennies de répression, de déportation et de planification économique sous l’ère soviétique. C’est en outre un petit pays comptant seulement 1,3 million d’habitants.

Champion du monde
Dès le départ, le premier gouvernement estonien a tout misé sur le numérique. Alors qu’Internet n’en était encore qu’à ses débuts, l’État a investi toutes ses ressources dans la construction des infrastructures numériques. Internet devait être présent partout. Progressivement, les services publics et toutes les communications avec l’administration ont migré vers le Net. Déclaration d’impôts, enregistrement dans le système de santé, signalement de changement d’adresse, aujourd’hui, tout cela se fait en quelques clics. L’Estonie a gagné son pari : elle est aujourd’hui la société la plus numérisée au monde et elle continue à donner naissance à de jeunes entreprises florissantes. Ils sont plus de 5 000 Estoniens à travailler dans leur propre start-up. Le ratio de start-up par tranches de 100 000 habitants est de 42 en Estonie, contre seulement cinq en Allemagne.

De Skype à Transferwise, Bolt ou Playtech
La scène technologique estonienne est bouillonnante. Les nouvelles entreprises poussent comme des champignons à Telliskivi, une ancienne zone industrielle située en plein cœur de la capitale, Tallinn. Beaucoup d’Estoniens veulent créer leur entreprise. Dans le public de la conférence “Latitude 59” consacrée aux start-up, nombreux sont ceux qui disent vouloir être leur propre patron. L’idée qu’il est possible de gagner de l’argent avec le numérique a fait son chemin. Et de fait, les start-up estoniennes se portent particulièrement bien : Transferwise, Bolt [anciennement Taxify], Playtech et autres Pipedrive ont mis au point des applications qui sont utilisées dans le monde entier pour effectuer des virements bancaires ou réserver un taxi. Le pays ne compte pas moins de quatre “licornes”, ces start-up valorisées à plus d’un milliard de dollars.

Économies de temps, de papier, transparence, simplification des procédures, et de la vie quotidienne tout court : un gain correspondant à 2% du PIB soit près de 20 milliards pour un pays comme la Calédonie !
9 minutes pour créer une société, plus de bulletins et de papiers pour les élections, des villes intelligentes, cette révolution devenue une évolution est, non seulement créatrice d’emplois, mais économise considérablement les fonds publics et privés.

Mais il s’agit, aussi, d’une mentalité, souligne Siret Scutting. En Estonie, les élèves de maternelle apprennent … la programmation informatique !

Christopher Gygès était présent à la réunion. Fan de simplification et de numérique, il pourrait insuffler une progression numérique inspirée par l’exemple estonien. Une telle orientation s’inscrirait tout à la fois dans la modernisation de la Calédonie et dans la relance économique.

GRAND DÉBAT ÉCONOMIQUE : RETISSER DU LIEN ENTRE POLITIQUE ET ÉCONOMIE

250 personnes étaient présentes pour cette « première »

C’était hier la première des 4 étapes prévues pour le grand débat entre les responsables politiques et les entrepreneurs. Une initiative qui tranche singulièrement avec la méthode employée par le précédent gouvernement, et développée par Christopher Gygès, membre du gouvernement en charge de l’économie et de la fiscalité. Débat.

Beaucoup de monde à la Chambre des Métiers, des chefs d’entreprise, des artisans, des professions libérales. Présent également, un représentant de l’Etat, Thierry Santa, président du gouvernement, Sonia Backès, présidente de la province sud, Sonia Lagarde, maire de Nouméa ou encore la présidente de l’Autorité de la Concurrence. Christopher Gygès avait promis que ceux qui voudraient prendre la parole le pourraient, sans autre filtre que les principes de respect qui s’imposent.

Les chambres consulaires ou encore le CES ont largement « joué le jeu ». Présents, également, des directeurs administratifs territoriaux afin qu’il perçoivent mieux, et en direct, les soucis de l’entreprise calédonienne.

Il n’y pas eu de temps mort. Les personnes présentes ont abordé, d’emblée, les sujets qui les préoccupent, du paiement tardif des collectivités à la complexité administrative, en passant par la situation difficile du centre-ville de Nouméa et la « lisibilité » de l’avenir politique de la Nouvelle-Calédonie.

Il ne s’est pas agi que de récriminations. Plusieurs suggestions, plusieurs propositions ont été formulées, en général pertinentes. Ainsi, un médecin a pointé du doigt l’archaïsme informatique en matière de suivi et de contrôle des soins, et notamment des ordonnances pour arrêt de travail. Les pistes indiquées sur la numérisation des actes, -et qui s’inscrivent partiellement dans les recommandations formulées par les inspecteurs généraux de l’Igas-, ont été largement applaudies. Et notées par les responsables politiques.

Christopher Gygès, tout en demeurant prudent sur la position que le Congrès adopterait sur les propositions acceptées en gouvernement, a indiqué les pistes retenues pour la relance et le projet de stabilisation fiscale.

Le remboursement anticipé de la seconde moitié de la dette du territoire sur les droits à l’importation perçus lors de la mise en place de la TGC est une nouvelle évidemment très bien accueillie. Il a également beaucoup été question de la simplification des procédures ou de leur adaptation. Certains d’entre elles, tellement calquées sur la métropole, sont d’ailleurs presqu’inapplicables en Calédonie.

Les entreprises ont, par ailleurs, besoin de visibilité sur le moyen et le long terme. Le débat est donc passé par la case « institution » avec les referendum en arrière-plan.

La sortie du contrôle des marges les préoccupe. Il a été question du bouclier qualité/prix, dont la mise en place outre-mer s’est effectuée à la satisfaction des acteurs économiques et des consommateurs.

L’exercice du membre du gouvernement nouvellement en charge de l’économie était plutôt risqué, dans une situation économique dégradée, et un contexte d’interrogations générales. La liberté de parole a été respectée. Les échanges sont demeurés d’un très bon niveau. Pour ce qui est du débat, déjà, c’est une première réussite.

ACCORD DE NOUMEA : LES INEXACTITUDES DE DANIEL GOA

Daniel Goa est un homme intelligent, personne ne peut le nier. Alors, quand à propos du corps électoral ou de la tenue des referendum prévus par l’Accord de Nouméa, il attribue des intentions « révisionnistes » à des élus non indépendantistes, cela mérite un examen plus attentif.  Précisions.

DÉTRICOTER L’ACCORD DE NOUMÉA ?
Le président de l’Union Calédonienne, porte-parole du FLNKS, estime que les « jeunes » élus non indépendantistes, au gré des mandatures de 5 ans,  « croient faire l’Accord de Nouméa en le détricotant« .

Qu’entend-il par « détricoter l’Accord de Nouméa » ?

« On a vu, par exemple, affirme Daniel Goa sur RRB, (Sonia) Backès remettre en question le corps électoral qui est déjà verrouillé« . Autre exemple cité par le responsable indépendantiste : « On a vu aussi remettre en question le deuxième et le troisième referendum« .

DES BASES ERRONÉES
Or, la contestation du « verrouillage » du corps électoral n’est pas le fait des « jeunes élus tous les 5 ans ». Elle avait été portée par le RPCR dès le début des années 2000, au moment où se préparait le Congrès de Versailles au cours duquel une majorité s’apprêtait à renier le corps électoral « glissant ». Un système pourtant expliqué dans des plaquettes officielles éditées par les services du Premier ministre Lionel Jospin …

TOUS LES NON-INDÉPENDANTISTES VEULENT UN RETOUR À UN CORPS ÉLECTORAL « DÉMOCRATIQUE » APRÈS L’ACCORD DE NOUMÉA
Hormis l’Avenir Ensemble, majoritaire à cette époque, l’opposition au « gel » a été constante. Et le « dégel », c’est à dire la remise en conformité démocratique du droit de vote aux provinciales est inscrit désormais dans tous les programmes des partis non-indépendantistes. Calédonie Ensemble compris.

Contestation de l’Accord de Nouméa ? Aucun parti non-indépendantistes ne prétend réformer le régime électoral AVANT la fin de l’Accord de Nouméa. Il n’y a donc pas de remise en cause de cet Accord.

QUI VEUT ÉVITER LES PROCHAINS REFERENDUM ?
Pour ce qui est de l’Avenir en Confiance, non seulement ce regroupement souhaite que, conformément à l’Accord de Nouméa, les referendum suivants aient lieu, mais de surcroît, il a demandé la tenue de la seconde consultation dès le lendemain des élections provinciales !

Même Calédonie Ensemble est désormais véhément pour plaider une solution alternative aux referendum prévus.

A quelques semaines du Comité des Signataires, il serait décidément de bon aloi de remettre au propre « les tables de la Loi », ainsi que les « vraies » positions politiques des partis calédoniens.

LYCÉE DO KAMO : UNE AVENTURE SINGULIÈRE DEPUIS 40 ANS

Par nature, l’aventure du Lycée Do Kamo est une histoire particulière. Ne pas laisser sur le bord du chemin, ses élèves, en majorité Kanak, pour beaucoup en situation d’échec scolaire, c’est la mission que l’Alliance Scolaire de l’Eglise Evangélique, l’ASEE, s’était fixée. Et toute une communauté d’enseignants, d’encadrants, de parents, a adhéré à cette entreprise ambitieuse que les observateurs regardaient, à ses débuts comme une curiosité. Avec d’incontestables difficultés si l’on en croit les dégradations commises par des jeunes en fin de semaine dernière, en marge de la fête des 40 ans du Lycée …

40 ans ont passé. Les enseignants ont fait la preuve que c’était possible. Fait unique, les parents, très investis, viennent encadrer les élèves de terminales pour la préparation du bac. Résultat : des jeunes, en général issus de milieux modestes, en butte à des difficultés liées au phénomène d’acculturation société occidentale/société kanak, titulaires en nombre du précieux sésame pour l’entrée en enseignement supérieur ou, parfois, en vie active.

Expérience quelque peu singulière dans le milieu codifié et policé de l’enseignement, la célébration de ses 40 ans à eu son lot de franc parler avec une invitation sans langue de bois pour la réalisation d’un destin commun bringuebalant formulée par une « ancienne » élève. Une reprise audacieuse dans un reportage de NC la 1ère : « Hé oui, je fais ma chieuse, je vous dis : allez plus loin et arrêtez d’emmerder les blancs« . On imagine sous-entendre « Consacrez vous à votre réussite, et rétablissez le respect de la multiculturalité calédonienne« . Sous cet éclairage, chapeau ! Mais message encore peu audible par quelques jeunes réfractaires …

 

UN WEEK END AUX MULTIPLES ÉVÉNEMENTS : SALON DU 4X4, JOURNÉE MA MAISON, FÊTE DU VER DE BANCOULE, LA NOUMÉENNE – L’Union des Femmes Francophones d’Océanie se réunit à partir d’aujourd’hui

Le beau temps était revenu pour ce week end, et a permis à toutes les animations de se dérouler dans les meilleures conditions.

Magnifique Salon du 4×4 à l’Arène du Sud où un public nombreux s’est pressé. Les professionnels ont enregistré plusieurs ventes et espèrent qu’après un début d’année difficile, la tendance va s’orienter à la hausse.

C’était aussi la clôture des Francofolies, qui concluaient elles-mêmes le 12e Forum Francophone du Pacifique.

Du monde à la traditionnelle journée à Ma Maison, mais aussi à la Fête du Ver de Bancoule au marché de Farino. Un Ver de Bancoule rendu célèbre par François Ollivaud, créateur et interprète inimitable de la fameuse chanson. Public également nombreux au Parc Fayard pour le Salon Nature et Jardins.

La Nouméenne a fait le plein de concurrentes. 2800 ! Un beau succès pour cette épreuve récréative, soutien à la lutte contre le cancer, et créée par Marie-Jo Berthet dont le bénévolat en faveur du sport mérite un coup de chapeau.

Enfin, deux événements à souligner pour ce début de semaine :

– ce soir, à la Chambre des Métiers, la première réunion du Grand Débat économique initié par Christopher Gygés, membre du gouvernement, et ouvert notamment à tous les chefs d’entreprise qui pourront y faire entendre leur voix,

– à partir d’aujourd’hui, la réunion organisée par l’Union des Femmes Francophones d’Océanie, avec 3 thématiques majeures : la parité, les violences conjugales, les structures d’accueil pour les femmes victimes de violence.

CONVENTION FISCALE : QUAND LE PALIKA CRITIQUE TJIBAOU …

Décidément, la condamnation de la Nouvelle-Calédonie, coupable d’avoir foulé aux pieds son propre droit, provoque des indignations qui relèvent à tout le moins, du déni de règles de droit, et qui prend des accents de propagande idéologique. Rappel historique.

« ILS » LE SAVAIENT
D’abord, les autorités du territoire, en adoptant la Contribution Calédonienne de Solidarité, savaient parfaitement qu’au terme de la convention signée en 1983, et appliquée depuis 35 ans (!), les doubles impositions n’étaient pas possibles entre contribuables métropolitains et contribuables calédoniens. Elles ont, en toute connaissance de cause, optimisé … les recettes fiscales en feignant d’ignorer ce que tous les fiscalistes de France et Calédonie savent parfaitement.

FAUT-IL UNE JUSTICE « AUX ORDRES » ?
Dernière réaction dans cette indignation improbable, celle de l’Uni Palika. Violente contre la Justice dont la décision est qualifiée de termes choisis : « scandale« , « intolérable« , « inacceptable ». Pourtant, la Justice est … la Justice. Elle est simplement chargée d’appliquer la loi.

Dans une Nouvelle-Calédonie indépendante, la Justice serait-elle appliquée … en toute indépendance ?

23 AOÛT 1983
Mais un autre terme mérite d’être relevé. Selon l’Uni, la convention fiscale dont il s’agit est « inique d’inspiration coloniale« .

Petit point d’histoire : c’est le 31 mars 1983 qu’a été signée à Nouméa la convention en vue d’éviter les doubles impositions en matière d’impôts sur le revenu, sur les sociétés, et de droits d’enregistrement.

Elle a été publiée au JO de la Nouvelle-Calédonie du 23 août 1983, p.1205, en annexe à l’arrêté de promulgation n° 2046 du 18 août 1983. Elle est entrée en vigueur le 26 juillet 1983.

Ces décisions importantes ont été prises entre le Gouvernement de la République française et le Conseil de Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie. Or, qui était à la tête du Conseil de Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie ?

JEAN-MARIE TJIBAOU CHEF DE L’EXÉCUTIF
On pourrait passer rapidement sur le fait que la présidence était assurée par Jacques Roynette, Haut-Commissaire, parce que celui-ci enregistrait les décisions du Conseil dont la « vraie » présidence était exercée par … Jean-Marie Tjibaou.

C’est qu’en effet, après le renversement du Conseil de Gouvernement emmené par Dick Ukeiwé en 1982, l’Exécutif du territoire était composé de Henri Bailly (Economie), Stanley Camerlynck (Tourisme), André Gopoea (Enseignement, Sport), Yvonne Hnada (Travail, Affaires Sociales), Gaston Morlet (Secteur rural), Henri Wetta (Santé).

Il était conduit par Jean-Marie Tjibaou, en charge notamment, des Finances et du Budget.

C’est ainsi, et notamment sous l’égide de Jean-Marie Tjibaou, qu’avec le gouvernement métropolitain représenté par Jacques Delors, fut décidée cette convention de bon sens, adoptée par la plupart des pays libres dans le monde, pour éviter que des contribuables soient imposés deux fois pour les mêmes raisons fiscales. Ainsi fut-il.

DÉSINDEXATION APRÈS 6 MOIS D’ABSENCE DU TERRITOIRE ? BIENTÔT FINI POUR LES FONCTIONNAIRES RETRAITÉS

Le gouvernement a adopté un projet qui sera soumis au Congrès, assouplissant le régime de pension des retraités de la fonction publique territoriale se trouvant hors de Nouvelle-Calédonie. C’est pour ceux-ci, une petite révolution.

La régime actuel prévoit, en effet, qu’au delà d’une absence cumulée de 6 mois hors du territoire, les pensions servies sont désindexées.

Or, si les fonctionnaires payaient leur cotisation de retraite sur un traitement désindexé avant 2005, ce n’est plus le cas depuis cette date. Il paraissait donc inéquitable de maintenir cette « sanction », du moins pour la période de cotisation postérieure à 2005.

Le nouveau gouvernement a donc décidé de remettre le régime en bon ordre. En cas d’absence prolongée, la mesure de désindexation pourra cependant s’appliquer sur ce qui correspond aux annuités antérieures à 2005.

 

NIDOISHE NAISSELINE, LES « FOULARDS ROUGES » ET L’IDENTITÉ KANAK

Fonds photo France Australe

Il fut parmi les tous premiers bacheliers kanak. Emprisonné pour avoir diffusé des tracts en langue kanak alors qu’écrire en kanak était interdit, ferment du premier « soulèvement » de jeunes kanak avec les Foulards Rouges, acteur de l’anti-colonialisme naissant en Calédonie, fondateur du Palika, révolutionnaire, feu le Grand Chef, Nidoish Naisseline a surtout été l’artisan de la reconstruction de l’identité kanak.

Extrait de l’essai « Caldiens » de JC Gaby Briault

COMMENT EN UN DEMI-SIÈCLE, DES ÉTUDIANTS ET DE
JEUNES MÉLANESIENS CONSTRUISENT UNE
REVENDICATION IDENTITAIRE ET CRÉENT LE MOT
« KANAK »
Au début des années 50, il devient de bon ton de parler des
« Autochtones ». L’appellation se généralise. Maurice Lenormand
publie en 1954 « l’évolution politique des Autochtones de la Nouvelle-
Calédonie ». Elle se traduit dans les débats, le langage quotidien, et

dans les actes administratifs. Ainsi, les réserves indigènes deviennent les réserves autochtones.

« CANAQUE », JURON DU CAPITAINE HADDOCK
« Vers la fin des années 60, le politiquement correct impose peu à peu le terme « Mélanésien » (la propriété foncière mélanésienne – Saussol – 1970). Canaque, depuis fort longtemps, était un terme soit méprisant, soit péjoratif. Qui se souvient que même parmi les jurons du Capitaine Haddock, entre cachalot, cataplasme, catachrèse et cercopithèque, …on trouvait le terme canaque ?!

« La « révolution kanak », je veux dire par là, l’appropriation du mot canaque, sa valorisation culturelle, puis la transformation même de son orthographe, tout cela est essentiellement l’oeuvre de jeunes intellectuels à partir des années 60. Elle se poursuit jusqu’en 1975. Elle a associé des étudiants Mélanésiens et des étudiants Européens, parmi lesquels notamment Nidoish Naisseline, Dewe Gorodey, Elie Poigoune, FoteTrolue, Henri Bailly ou encore Jean Paul Caillard, Jean Pierre Devillers et Max Chivot.

« Rappelons, en effet, que parmi les étudiants calédoniens à Paris dans les années 60, les réflexions sociales et sociologiques bouillonnent.

« Elles apparaissent au travers des articles de la revue « Trait d’Union ».

« Nidoishe Naisseline qui est l’un des tous premiers mélanésiens à avoir pu accéder au Lycée puis au baccalauréat, publie une série d’essais inspirés d’Aimé Césaire et d’Albert Memmi. Un discours anti-colonialiste émerge. Il est lié à un début de revendication pour la reconnaissance de la culture canaque.

« CANAQUE HOMME LIBRE »
« En décembre 68, soit sept mois après les événements de mai qui connaîtront des prolongements jusqu’en Nouvelle-Calédonie, des étudiants plus radicaux fondent l’Association des Jeunes Calédoniens de Paris. En février 1969, ils publient une revue baptisée « Canaque Homme Libre ».

« Pendant les vacances de juin 1969, des étudiants tentent de radicaliser le débat sur le colonialisme. Un lien se fait entre les articles de « Trait d’Union » et le journal « Sikiss » édité localement. Dans la nuit du 12 juillet 1969, des inscriptions apparaissent sur plusieurs murs de Nouméa : « A bas le colonialisme », « Calédonie Libre ». Quelques activistes sont interpelés.

« Une semaine plus tard, le jeune Nidoish Naisseline arrive en vacance, lui aussi, en Nouvelle-Calédonie. Le 7 août, à la veille du procès des auteurs des graphitis prévu le 12 juillet, des messages condamnant « le racisme colonial » et prônant le « boycott des Jeux de Port Moresby » sont inscrits sur des murs de la capitale. Les auteurs sont à leur tour arrêtés.

« Le 9 août, alors que Naisseline et une cinquantaine de jeunes kanak sont devant le commissariat de police pour demander la libération des personnes incarcérées, les athlètes de Maré en partance pour les jeux du Pacifique de Port Moresby attachent des foulards rouges autour de leur front et lèvent le poing en signe de protestation. C’est la naissance du mouvement des Foulards Rouges.

« Dans le même temps, des jeunes Kanak sont refoulés dans un restaurant proche de la baie des citrons. Ils éditent un tract pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme un acte de ségrégation. Précision importante : ce tract est écrit à la fois en français, en drehu et en nengoné.

NAISSELINE JETÉ EN PRISON
« Quelques jours plus tard, lors d’un grand mariage coutumier à Lifou, le pamphlet est distribué à chaque invité, y compris à de hauts fonctionnaires. Nidoish Naisseline y est présent ! Trente personnes sont aussitôt arrêtées.

« Parmi les chefs d’inculpation, la rédaction d’un écrit en langue kanak sans autorisation préalable … De retour de Maré, Naisseline et plusieurs autres personnes sont interpelés en possession du tract et pour ce motif. Ils sont conduits au commissariat central de police pour être interrogés. Rapidement, plusieurs centaines de mélanésiens, en majorité des jeunes, font le siège du commissariat.

« A la fin de la journée, le fils du Grand Chef de Guama n’étant toujours pas relâché, des bouteilles et des pierres sont lancées contre le bâtiment. Immédiatement, la police charge et disperse les manifestants. Ceux-ci se répandent dans la ville, s’attaquent aux vitrines, aux voitures, à quelques personnes, blessant grièvement un chauffeur de taxi. Trente nouvelles arrestations ont lieu.

« L’affaire va connaître des prolongements politiques. L’Union Calédonienne qui dispose de la majorité absolue à l’Assemblée Territoriale, est divisée.

L’UNION CALÉDONIENNE EXPLOSE ET YANN CELENE UREGEI FONDE L’UNION MULTIRACIALE, ANCÊTRE DU FULK
« Yann Celene Uregei, élu kanak des îles Loyauté, propose une motion de soutien aux manifestants, puis une motion d’autonomie interne. Elles seront toutes deux rejetées.

« En 1970, les étudiants canaques de France fondent leur propre association. Ils éditent un journal intitulé « Réveil Canaque » qui est distribué pour la première fois à l’occasion du procès de Nidoish Naisseline. A la fin de cette même année, Yann Celene Uregei quitte l’Union Calédonienne et fonde au début de l’année suivante l’Union Multiraciale de Nouvelle Calédonie. Il reçoit le soutien du mouvement pour le Réarmement Moral.

« En mars 1972, Nidoish Naisseline est à nouveau arrêté et condamné à six mois d’emprisonnement pour avoir menacé un représentant de l’Etat. Le « Réveil Canaque » publie un dessin du futur Grand Chef ceint d’un bandeau sur lequel est inscrit le nom d’Ataï.

« La revendication identitaire kanak a considérablement progressé. Mais Canaque s’écrit toujours dans le respect de son orthographe originelle, avec « C » et « que ».

« En 1974, des Kanak radicaux de la Grande Terre fondent le « groupe 1878 », cette date étant l’année de la révolte d’Ataï. Avec les Foulards Rouges, il peinturlurent la statue du square Olry qui montre la reddition du Grand Chef rebelle. Le 24 septembre de cette année, alors que se déroule le traditionnel défilé sur le front de mer de l’Anse Vata, des leaders du « groupe 1978 » enjambent les barrières et manifestent devant la tribune officielle. Ils sont arrêtés.

ELIE POIGOUNE EST ARRÊTÉ ET EMPRISONNÉ POUR AVOIR … SCANDÉ DES SLOGANS ANTI-COLONIALISTES
« Elie Poigoune sera condamné à deux semaines d’emprisonnement, Henri Bailly à huit jours. Des manifestations s’ensuivent ainsi qu’une campagne de protestation notamment au sein des étudiants en métropole.

« Pendant tous ces mois d’ébullition, aggravée par « l’affaire Kamouda » – un jeune Kanak, Richard Kamouda, est tué par un policier au cours d’une échauffourée Place des Cocotiers -, le mot « Kanak » apparaît pour la première fois avec cette orthographe.

« La revendication d’indépendance est exprimée aussi bien par le « groupe 1878 » en janvier 1975, que par celui des Foulards Rouges en mars de la même année. C’est Dewe Gorodey qui est chargée de porter leur parole à l’extérieur. En avril, elle se rend à Fidji pour la conférence « Pacific Nuclear Free », puis en juin à New York pour s’exprimer devant le Comité de Décolonisation de l’ONU.

« Finalement, en janvier 1976, à Amoa, les deux groupes sautent le pas politique et fondent le Parti de Libération Kanak, le Palika. Le nouveau parti radical édite un journal intitulé « Kanak » en février et tient son premier congrès en mai.

« En 1981, Nidoish Naisseline quitte le Palika et crée Libération Kanak et Socialiste, le LKS. De son côté, Yann Celene Uregei abandonne l’appellation modérée d’Union Multiraciale et fonde le Front Uni de Libération Kanak, le Fulk.

TJIBAOU, MALMENÉ PAR LE PALIKA : « SABOTAGE DE LA CULTURE KANAK »
« Dans l’intervalle, le Festival Mélanésia 2000 organisé par Jean Marie Tjibaou du 3 au 7 septembre 1975, consacre culturellement le mot Kanak. Il lui donne une histoire et un sens avec la célébration de Tea (Tein) Kanaké, le Premier Homme. . « Nous avons voulu ce Festival parce que nous croyons en la possibilité d’échanges plus profonds et plus suivis entre la culture européenne et la culture canaque », déclare Jean Marie Tjibaou dans son discours d’ouverture.

« Ce langage alors plutôt modéré est sévèrement critiqué par le Palika qui n’hésite pas à parler de « sabotage de la culture Kanak ». On trouve dans le programme du Festival : Vendredi 5 à 20h – première représentation du jeu scénique « Kanaké ».

« Ainsi en 30 années, à l’issue d’une démarche de révolte conduite par des jeunes, relayée par une forte revendication culturelle et identitaire, étayée par un événement culturel, consacrée par les partis nationalistes, canaque est devenu kanak. Un terme dévalorisant et péjoratif est devenu identitaire et reconnu comme tel.

UNE VÉRITABLE CONSTRUCTION IDENTITAIRE
« Canaque » était un mot écrit par le colonisateur. « Kanak » fut créé par les Kanak eux-mêmes. Il est, dans le même temps, libérateur.

« Aujourd’hui, c’est-.-dire plus de 30 ans après ces événements et cette démarche, le mot s’est imposé, même si certains, aussi bien Européens que Mélanésiens, ont encore du mal à « s’y faire ». Il est vrai que d’autres événements, bien plus graves, se sont déroulés dans l’intervalle, entre 1984 et 1988, et qu’ils ont été lancés par le FLNKS, le Front de Libération Kanak et Socialiste.

« Désormais, dans un contexte apaisé, l’identité kanak est inscrite dans la loi et elle a fait consensus. Toute cette construction, chevillée patiemment pendant un demi-siècle, est remarquable. »

SEXE ET DROGUE À TAHITI : LE PROCÈS QUI VIENT D’AGITER PAPEETE

C’est une sordide affaire de prostitution de mineures sur fond de drogue qui vient d’agiter la Polynésie. Le procès s’était ouvert le 27 août et s’est soldé par des condamnations très lourdes pour les accusés, des condamnations qui sont allées au delà des réquisitions. Sexe et drogue.

ÉBATS TARIFÉS À LA MÉTHAMPHÉTAMINE
Tout a commencé par l’arrestation d’une mineure en compagnie d’un trafiquant de drogue notoire, Adelino Dias Nogueira, incarcéré depuis dans la « Mexican Connection ». Les enquêteurs découvrent qu’elle se livre à la prostitution en échange d’ice, surnom de la méthamphétamine, une drogue de synthèse particulièrement dure et addictive, surnommée « pas dormir » à Tahiti. Les ébats se déroulent à l’hôtel Royal Tahitien, dans des chambres louées par un certain Gerardo Lozano dont la soeur a été condamnée dans une autre affaire de trafic d’ice.

Une enquête préliminaire est alors ouverte pour proxénétisme sur mineure et trafic de stupéfiants.

MINEURES RECRUTÉES POUR DES PARTIES FINES
L’affaire remonte, en fait, à 2011. Une ancienne enseignante, Sabine Boiron, aurait recruté des mineures pour des parties fines avec son amant, Thierry Barbion, un homme d’affaires, avec usage de drogue. Les réjouissances se déroulaient soit au domicile de l’intéressé, soit dans son bureau situé au dessus du bar Ute Ute.

DES DEALERS ARRÊTÉS
L’ancien gérant du bar est lui aussi impliqué dans cette tortueuse affaire, et aurait eu des relations sexuelles avec au moins une mineure.

Quant aux dealers d’ice, la drogue omniprésente dans cette affaire scabreuse, ils ont également été arrêtés et jugés. En janvier dernier, la gendarmerie avait déjà démantelé une fabrique de cette drogue à Taravao. Un trafic juteux, chaque gramme d’ice étant vendu au minimum 140 000 francs CFP.

Au total, 10 personnes ont été jugées, comparaissant pour trafic de drogue, prostitution ou corruption de mineures.

VERDICTS TRÈS LOURDS
Les verdicts comportent tous de la prison : 7 ans pour Sabine Boiron (réseau de prostitution de mineure), 4 ans pour Thierry Barbion (recours à la prostitution de mineures et corruption de mineures), 4 ans pour Marc Ramel le propriétaire du bar (recours à la prostitution de mineure et corruption de mineure), 6 ans pour Gerardo Lozano (prostitution et corruption de mineure), 2 ans pour Stimson Aiho-Le Loch (dealer et atteinte sexuelle sur mineur), 6 mois pour Albert Amaru (usage de stupéfiants), 3 ans pour Patrick Céran-Jerusalémy (dealer), 18 mois pour Dany Cuthers (dealer), 24 mois pour Gerry Faatau (dealer), 2 ans pour Henri Marin (dealer).

LA CALÉDONIE N’AVAIT PAS RESPECTÉ LA LOI : ELLE EST CONDAMNÉE PAR LA JUSTICE À REMBOURSER 1 MILLIARD

La loi est dure, mais c’est la loi. Et le devoir d’un élu, devoir citoyen et devoir d’exemple, c’est de respecter la loi.

En l’espèce, de quoi s’agit-il ? La Justice, à la lecture d’une convention fiscale liant la Nouvelle-Calédonie qui dispose de la compétence à décider de sa propre fiscalité, et la France, disposant également de sa propre fiscalité, a relevé qu’une double imposition des contribuables était exclue au terme de la dite convention. C’est en général, d’ailleurs, un des objets de toutes les conventions fiscales entre Etats ou territoires dans le monde.

Dans une tribune publiée sur son compte Facebook, Philippe Germain, ancien président du gouvernement, critique vertement le dispositif fiscal et fustige les entreprises françaises concernées.

NUL N’EST CENSÉ IGNORER LA LOI, … PAS MÊME LES ÉLUS
Cette convention fiscale a été approuvée par une assemblée démocratiquement élue, aujourd’hui appelée Congrès, et ne relève pas d’une décision imposée ou arbitraire.

« Nul n’est censé ignorer la loi« . Ce principe est encore plus exigible lorsqu’il s’agit d’élus dotés de pouvoirs important, et disposant d’un aréopage de spécialistes. En l’espèce, de spécialistes fiscaux.

La question n’est donc pas de savoir si la disposition est inique ou pas. Et le cas échéant, de pointer du doigt des entreprises qui sont dans leur droit.

POURQUOI AVOIR TRANSGRESSÉ LA LOI AU LIEU DE LA MODIFIER ?
La problématique est de deux ordres :

– Le gouvernement, en appliquant la Contribution Sociale de Solidarité, savait parfaitement qu’il s’exposait à une sanction judiciaire de redressement, car la double imposition était, à l’évidence illégale. Pourquoi, alors, l’a-t-il fait ?

– Lorsqu’un pouvoir politique, disposant d’une majorité, estime qu’une loi, ou qu’une disposition de cette loi, est inique, alors il la modifie. Que ne l’a-t-il fait ?

Si d’ailleurs, le contentieux visant à la condamnation de la Nouvelle-Calédonie a abouti, c’est bien parce que des hommes -ou des femmes- de loi ont estimé, pertinemment, que les pouvoirs publics se mettaient en infraction des lois et dispositions qu’ils étaient pourtant en charge d’appliquer. Preuve qu’en matière de loi, certains -ou certaines- sont capable de lire le droit …

Mais, question subsidiaire, ne s’agissait-il pas, tout simplement, de forcer les recettes en les optimisant, et ainsi, d’assurer, en théorie -le budget est un exercice de prévision- les dépenses projetées …

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