JEAN-LUC MÉLENCHON NE SERA PAS PREMIER MINISTRE

« J’attendrai lundi matin le coup de fil du Président de la République« . Jean-Luc Mélenchon ne recevra donc pas un appel d’Emmanuel Macron pour lui demander d’accepter d’être Premier ministre. La campagne de communication du patron de la France Insoumise se clôt, sur ce chapitre, avec l’annonce des résultats aux élections législatives.

Jean-Luc Mélenchon enregistre en revanche un bond de son parti sur les bancs du Palais Bourbon, mais ce succès est quelque peu gâché par la surprise du Rassemblement National qu’aucun institut de sondage n’avait prévu.

De son côté, Elisabeth Borne devra probablement céder la place à une personnalité susceptible de trouver des majorités à l’Assemblée Nationale pour faire passer les projets du gouvernement. Ce dernier va être remanié rapidement, à la fois pour tenir compte de l’échec de plusieurs de ses membres, et d’autre part afin de préparer une nouvelle stratégie imposée par l’absence de majorité absolue du parti présidentiel.

LES GRANDS BATTUS DU SCRUTIN

Après la Secrétaire d’Etat Justine Benin en Guadeloupe, la majorité présidentielle enregistre de nouvelles défaites avec celles de Richard Ferrand, le président de l’Assemblée Nationale, de Christophe Castaner, chef du groupe Larem à l’Assemblée, d’Amélie de Montchalin, ministre de la Transition Ecologique et Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé.

En revanche, l’ancien ministre de la Santé, Olivier Véran, actuel ministre chargé des relations avec le Parlement, a été réélu, de même que Gérald Darmanin, Eric Woerth, Elisabeth Borne, la Première ministre, Damien Abad, ministre en charge du handicap.

Eric Ciotti a été réélu dans les Alpes Maritimes, et Fabien Roussel du Parti communiste a été réélu dans le Nord.

Selon Gabriel Attal, ancien porte-parole du gouvernement, et dont la voix traduit probablement le sentiment du Président de la République, « Il faut être prudent, car ce sont des résultats préliminaires (…) Ce qui se dessine est une situation assez inédite qui va nous imposer de dépasser nos clivages« .

SÉISME : PERTE DE MAJORITÉ POUR MACRON ET PERCÉE DU RN

Ce n’est pas la proportionnelle, mais c’est tout comme. Les Français ont décidé de ne pas accorder de majorité absolue à Emmanuel Macron … tout en portant le Rassemblement National à un niveau historique dans la 5e République. Certes, la Nupes requinque la Gauche, et La France Insoumise sera probablement le premier parti d’opposition. Mais la percée du parti de Marine le Pen occulte quelque peu le succès du regroupement imaginé par Jean-Luc Mélenchon.

Les résultats provisoires donnent ainsi :

  • 224 sièges à la majorité présidentielle
  • 149 sièges à la Nupes
  • 89 sièges au Rassemblement National
  • 78 sièges à LR/UDI
  • 21 sièges aux divers gauches
  • Le solde répartis entre d’autres divers courants.

Ces chiffres ne sont pas définitifs et seront remplacés par les chiffres officiels du Ministère de l’Intérieur.

CARTON PLEIN POUR LA MAJORITÉ PRÉSIDENTIELLE EN CALÉDONIE

Dans un scrutin marqué par une forte abstention, les élections législatives en Nouvelle Calédonie ont été favorables aux candidats de « Ensemble pour la majorité présidentielle ». Dans la première circonscription (Nouméa, Île des Pins, Iles Loyauté), Philippe Dunoyer, député sortant et dont Naia Wateou est la suppléante, l’emporte largement sur Walisaune Wahetra avec 66% contre 34% à l’élue indépendantiste. Dans la seconde, on attendait un score plus serré entre le candidat « Ensemble » et celui du FLNKS. L’écart s’est révélé plus important que prévu entre Nicolas Metzdorf et Gérard Régnier : 55% pour le premier, 45% pour le second.

Si l’abstention a affecté les électorats des deux grands blocs politiques, il apparaît qu’en dehors de fiefs avérés comme Canala ou Belep, la mobilisation des indépendantistes n’a pas été maximale. Même constat aux Iles loyauté où, en dépit d’un score honorable, Wali Wahetra aurait du recueillir une participation plus élevée d’un électorat indépendantiste à pratiquement … 100% !

S’agit-il d’une lassitude des électeurs, appelés à une non-participation au troisième référendum en décembre dernier, puis à une participation à des élections pour élire … un membre du Parlement français, après des discours incendiaires contre « la puissance coloniale » comparée à « Poutine », la Calédonie étant évidemment assimilée à l’Ukraine ? Les rivalités entre l’Union Calédonienne et le Palika qui ont connu un paroxysme lors de l’élection du président du gouvernement l’an dernier ont-elles laissé des traces ? Une certaine partie de l’électorat indépendantiste se lasse-t-elle des promesses de plus en plus radicales de leurs leaders, promesses trop souvent sans lendemain ?

Côté loyaliste, la satisfaction peut provenir, non seulement du succès électoral, mais aussi par le fait que ce succès a été bâti sur l’union de forces anti-indépendantistes parfois rivales jusqu’alors. Une sorte de confirmation que la mouvance non-indépendantiste est quant à elle lassée des divisions et de la manifestation des égos.

En tout cas, après les 3 référendums d’autodétermination, ces élections législatives annoncent un répit dans ce tourbillon de scrutins qui mobilisent les Calédoniens depuis plusieurs années. Et même si les indépendantistes s’arc-boutent sur la dialectique de la discussion bilatérale avec le « colonisateur », et sur celle de l’inévitable accession à l’indépendance de la Nouvelle Calédonie, il n’empêche qu’ils viennent d’essuyer un nouvel échec qui pourrait modifier les rapports des forces en présence.

L’ACTEUR JEAN-LOUIS TRINTIGNANT S’EN EST ALLÉ

L’acteur Jean-Louis Trintignant est mort à l’âge de 91 ans. Né dans le Vaucluse le 11 décembre 1930, il était installé dans le Gard depuis de nombreuses années. C’est sa famille qui a annoncé son décès à l’Agence France Presse, précisant qu’il s’était éteint « chez lui, dans le Gard, entouré de ses proches ».

Figure incontournable du cinéma français, passionné de sport automobile, il s’était peu à peu retiré du devant de la scène dans les années 80 pour se consacrer à sa deuxième vie, celle de vigneron producteur au sein du domaine Rouge-Garance, à une vingtaine de kilomètres de Nîmes, dans la Vallée du Rhône. C’est là, près d’Uzès, qu’il a passé les dernières années de sa vie, combattant un cancer.

Jean-Louis Trintignant s’était fait connaître dans son rôle aux côtés de Brigitte Bardot dans « Et Dieu créa la femme », et par la suite, dans de nombreux films à l’affiche dont « Z » , « Amour » ou plus récemment « Les plus belles années d’une vie ». Mais c’est dans « Un homme et une Femme » de Claude Lelouch joué avec Anouk Aimée qu’il avait touché le cœur des Français

LES INDÉPENDANTISTES MOBILISENT. Peuvent-ils gagner dimanche ?

Celles et ceux qui pensent qu’une élection est jouée avant le résultat du scrutin s’exposent souvent à de cruelles surprises. En axant leur campagne sur l’appel à participer au scrutin de dimanche prochain, les candidats du camp non-indépendantiste comme du camp indépendantiste ne s’y trompent pas : les élus seront connus dimanche soir et pas avant !

Dans les deux circonscriptions, tout est possible en effet. Philippe Dunoyer, dans la 1ère et Nicolas Metzdorf, dans la seconde, ont quelques longueurs d’avance au premier tour. Mais les réserves d’abstentionnistes sont telles que les indépendantistes peuvent « renverser » la table.

Ainsi, les formalités de procuration battent leur plein. Les Iles Loyauté, largement consommatrices de cette procédure, vont probablement connaître dimanche un pic de mandataires.

Ainsi, que Wali Wahetra parvienne à mobiliser la quasi-totalité des électeurs des Iles, ainsi que des quartiers populaires de Nouméa, et qu’au contraire, les électeurs non-indépendantistes continuent à bouder les urnes, et la candidate du Palika pourrait alors siéger au Palais Bourbon.

Dans la seconde, les élections de 2017 ont mobilisé, au second tour, plus de 12.000 électeurs indépendantistes au bénéfice de Louis Mapou ! Il avait donc fallu une mobilisation maximale des non-indépendantistes pour éviter qu’un indépendantiste représente partiellement la Nouvelle Calédonie à l’Assemblée nationale.

Dans ces conditions, tout appel à l’abstention conduit à favoriser un candidat plutôt qu’un autre. D’ailleurs, aucune consigne de cette nature n’a été enregistrée du côté indépendantiste …

SENAT COUTUMIER : LE DEUIL À GÉOMÉTRIE VARIABLE

En « pays kanak », ainsi que le décrit Dominique Bretteville dans son ouvrage de chercheur « L’os et le souffle – Protocole des valeurs intimes chez les Paimboas (tribu de Kaaka-Gomen Ndlr) », décréter le deuil est un acte cérémoniel intime, soumis à des préséances, conduits par des maîtres de cérémonie lesquels déterminent également le temps de la levée du deuil.

En décidant unilatéralement un deuil pour une durée d’un an peu avant le référendum de décembre 2021, le Sénat coutumier ne semblait guère légitime pour un tel acte. En édictant une levée de deuil alors que les élections législatives requièrent cette fois la participation électorale des indépendantistes kanak, le Sénat met en relief ce qui apparaît clairement comme une manoeuvre à caractère politique.

Au reste, ces différentes prises de décision n’ont guère eu d’influence sur le cours des choses pour ce qui relève de la seule décision des clans, et des maîtres de cérémonie.

CCAS : LE MATRAQUAGE FISCAL CONTINUE

La majorité indépendantiste du gouvernement a adopté un texte à la majorité pour augmenter le prélèvement fiscal réalisé au travers de la Contribution Calédonienne de Solidarité. C’est la seconde hausse en moins d’un an programmée qui sera soumise au Congrès.

La CCS avait été créée pour financer les allocations familiales de solidarité, le complément retraite de solidarité ainsi que le minimum vieillesse. Il semble bien que l’augmentation envisagée ne serve plus qu’à remplir les caisses du territoire.

Dans cette course à la recette, le gouvernement ne propose aucune réduction de dépenses, aucune mesure de lutte contre les gaspillages budgétaires qui pourtant sont légion. S’il ne s’agit pas, en tout cas, de consacrer les recettes nouvelles prévues à l’équilibre de comptes sociaux, il s’agira simplement d’une ponction sur l’économie sans appréciation de sa pertinence économique et sociale.

Autre aspect de la fiscalité en Nouvelle Calédonie : elle affecte essentiellement les contribuables de la Province sud. Ceux-ci contribuent en effet à 92% à la ressource fiscale, les deux autres provinces en recevant au moins la moitié pour la dépenser.

Les prélèvements de plusieurs milliards destinés à des dépenses publiques ont évidemment pour conséquence d’appauvrir la consommation. Dans le train de mesures fiscales envisagé par le gouvernement Mapou, aucune étude sérieuse d’impact n’a été prise en compte, ce qui fait penser qu’aucune stratégie économique et fiscale n’est actuellement mise en oeuvre en Nouvelle-Calédonie.

MOBILISATION LE MAÎTRE MOT DU SECOND TOUR LES LÉGISLATIVES

Pour le second tour des législatives, les candidats appellent à la mobilisation de leurs électeurs. Bien plus que les programmes, occultés par la confrontation entre marche vers l’indépendance ou ancrage dans la République, c’est la participation qui fera le résultat de dimanche.

En effet, d’importantes réserves de voix résultent de l’abstention record enregistrée le 12 juin. Une mobilisation égale en proportion conduirait à confirmer les résultats du premier tour. En revanche, une mobilisation inégale pourrait créer la surprise.

Dans la deuxième circonscription, Louis Mapou avait bénéficié de 12.000 voix supplémentaires au second tour en 2017. L’élection de Philippe Gomès avait alors été obtenue par une mobilisation de non-indépendantistes encore plus forte. Son score était passé de 8.963 voix à 28.557 voix.

C’est donc dans cette mobilisation que réside soit le succès des loyalistes, soit celui des indépendantistes. Que les loyalistes s’abstiennent encore, et que les indépendantistes se mobilisent comme ils savent le faire et le FLNKS pourrait alors faire son entrée au Palais Bourbon.