DISCOURS DE POLITIQUE GÉNÉRALE : LE DÉCRYPTAGE

Après un report motivé par la « fragilité du climat économique et social », puis la constatation d’une absence de collégialité pour sa rédaction finale, la Déclaration de Politique Générale de Louis Mapou a bien été prononcée. Un long texte qui ne déroge pas aux intentions manifestées dans les précédents exercices du genre, mais qui a la particularité d’avoir été présentée par un président indépendantiste. Une première depuis la mise en place d’un gouvernement local dans le cadre des Accords de Nouméa. Et un exercice difficile pour un indépendantiste en quête de finances auprès de la France, et à la tête d’une institution comprenant une moitié de membres non indépendantistes.

LE CHOIX D’UNE SOCIOLOGIE QUI RASSEMBLE
Présenter un programme de gestion était quasiment impossible. Pour des raisons économique, d’abord. Les finances de la Nouvelle Calédonie sont exsangues, les entreprises sont en crise, et la solution ne peut venir que de l’Etat, donc de la France. Indépendance … Alors, tout naturellement, le président du gouvernement s’est tournée vers des thèmes plus consensuels, et dont l’évocation ne présente guère de risque.

Il s’est agi ainsi du thème de la lutte contre les inégalité, prégnant dans la vie politique calédonienne, -mais également métropolitaine- depuis des décennies. C’est une problématique réelle, prioritaire dans la devise de la République comme celle de la Calédonie. La question demeure : comment et avec quels moyens.

Il s’est agi ensuite du thème de la sociologie rassembleuse. Après le temps de la reconnaissance de l’identité Kanak, vient celui de celui des entités : « La société calédonienne a longtemps été une juxtaposition d’aires coutumières, de communautés, de cultures puis de provinces, et chacun se fait fort de s’identifier à ces entités« . On y retrouve les concepts de pluriculturalité, de pluriethnie, et des communautés. A la clé, le renouvellement de Melanesia 2000 sous la forme de « Caledonia Festival ». L’initiative n’aurait pas été reniée par Dewe Gorodey.

LES BONNES INTENTIONS
Pour le reste, le DPG tombe plutôt dans les lieux … communs à toutes les déclarations du genre. La réforme globale de la fiscalité, l’école performante, la cohésion sociale, la réduction de la dépendance des importations, la diversification économique, la transition énergétique, la sylviculture, l’habitat, la relance du tourisme ou encore la vie chère.

Le « nouveau modèle calédonien » en fait également partie. Comme d’ailleurs tous les « nouveaux modèles » annoncés ou espérés depuis des années : nouveau modèle de développement, nouveau modèle économique, nouveau modèle éducatif, nouveau pacte social. Reste à en lancer, un jour, la concrétisation.

Mais au total, ces items sont-ils critiquables ? Certainement pas. Autant les rappeler, dans l’espoir que certains d’entre eux progresseront ou verront le jour …

L’ÉNONCÉ POLITIQUE EST LE PLUS INTÉRESSANT
Comme dans bien des réunions à caractère politique, c’est à la fin que les sujets intéressants sont évoqués. Le discours de Louis Mapou répond à ce critère.

En effet, la situation politique est sans précédent. Les indépendantistes sont au pouvoir, la consultation référendaire mettant fin à l’Accord de Nouméa, et qu’ils ont demandée, va se tenir le 12 décembre. Et ils ont décidé ne pas y participer.

Dans ces conditions, la déclaration s’inscrit dans un contexte où il est probable que la Nouvelle Calédonie demeurera dans la République.

C’est le parti que, dans son discours, le président indépendantiste choisit. Pour lui, la rupture du contrat des sous-marins commandés par l’Australie est « l ’annonce d’un nouvel axe stratégique anglo-saxon place inévitablement la Nouvelle-Calédonie au cœur de la géopolitique française dans la zone IndoPacifique du point de vue diplomatique. Première puissance mondiale en termes de zone maritime grâce à la Nouvelle-Calédonie et la PF, la France doit sécuriser ses intérêts stratégiques dans la zone, notamment, ceux liés à l’exploitation des Zones économiques exclusives (ZEE). Les enjeux sont cruciaux puisque la Nouvelle-Calédonie offre à la diplomatie française la maîtrise des océans, la maîtrise des ressources halieutiques, des ressources minérales, la maîtrise des énergies renouvelables, de l’eau, mais aussi la maîtrise des liaisons maritimes et des flux de transport du commerce mondial. » Etonnant.

Louis Mapou ose ainsi se projeter dans l’après référendum, une ère post-Accord de Nouméa qui avait instauré cette bizarrerie de « souveraineté partagée ».  » Ne pourrait-on pas postuler de l’idée que, finalement, quoiqu’on en dise, s’il y a un gagnant, ça ne pourrait être que le pays ?« , suggère-t-il, en évoquant, non pas l’accession à l’indépendance, mais une discussion avec l’Etat «  sur tous les sujets sur lesquels il faut rénover le partage des compétences avec la Nouvelle-Calédonie.« 

Appelant « aux modalités d’un avenir serein entre nous, peuple de la Nouvelle-Calédonie, mais aussi dans notre relation statutaire avec l’Etat », Louis Mapou semble indiquer être favorable à une poursuite de l’esprit « de ce bel outil de décolonisation et d’émancipation qu’est l’Accord de Nouméa« .

Dans quel sens ? Celui d’une indépendance avec partenariat, prônée par son parti, le Palika, ou celui de l’invention d’une plus grande « souveraineté partagée » à l’intérieur de la République ?

Pour les juristes, et à partir du 13 décembre, la saison 3 s’avère passionnante.

AU GOUVERNEMENT, KOLLÉGIALITÉ KAPUT

« Je ne ferai pas ce que j’ai dit que je ferai », c’est souvent un adage que les politiques mettent un point d’honneur à appliquer. Cela ne concerne évidemment pas que les élus indépendantistes, mais en l’espèce, ils l’ont fait sien au gouvernement de la Nouvelle Calédonie. En cause, la Déclaration de Politique générale devant le Congrès, acte solennel prévu par la loi organique, et que tout président du gouvernement doit prononcer lors de la plus prochaine session de la première assemblée suivant son élection.

Un bug s’était déjà produit le 18 novembre dernier, date prévue pour cette fameuse DPG que Louis Mapou devait présenter. Celle-ci avait fait l’objet d’un report « compte tenu du contexte général de fragilité du climat économique et social ».

Chacun a compris alors qu’il s’agissait, en réalité, d’une difficulté au sein du gouvernement, la « fragilité du climat économique et social » perdurant depuis au moins 3 ans … De fait, la déclaration n’avait pas été discutée entre tous les membres de l’exécutif, ce qui en la circonstance, est le b.a.ba de la célèbre collégialité.

Pour la deuxième tentative, il semble bien que le travers de la première se soit répété. A moins que « le climat économique et social » se soit considérablement amélioré en une semaine. En tout cas, ce n’est pas l’avis des membres du gouvernement Avenir en Confiance. « Dans les précédents gouvernements, cette feuille de route a toujours fait l’objet d’une validation par les différentes composantes de l’exécutif avant d’être prononcée« , déclarent-ils, en condamnant « cette attitude qui traduit une manque de respect total de la collégialité« . Ils pourraient donc quitter la salle du prononcé avant la fin de l’allocation, « si une orientation non collégiale devait être donnée« .

Lors de la démission collective des membres indépendantistes qui avait fait tomber le gouvernement Santa en février dernier, une prétendue absence de collégialité faisait partie des motifs. Thierry Santa, en tout cas, avait consulté ses collègues lorsque, fraîchement élu à la présidence du gouvernement, il avait prononcé sa DPG.

Alors, amateurisme, ou volonté délibérée de rechercher l’incident de la part de la majorité indépendantiste du gouvernement ? Les choses pourraient peut-être s’arranger si, in extrémis, une « collégialité » était organisée avec la présentation de la DPG pour trouver un accord sur le contenu de la déclaration.

L’AVENIR DU NICKEL CALÉDONIEN SERA L’UN DES SUJETS MAJEURS DE L’APRÈS RÉFÉRENDUM

Que deviendront les complexes métallurgiques et miniers à l’issue de la troisième consultation sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle Calédonie ? Ce sujet n’est pas directement politique, mais il pèsera lourd dans les discussions.

C’est qu’en effet, la principale activité économique de l’archipel est malade depuis plusieurs années. Certains de ses outils survivent dans une situation dangereuse.

Il en va ainsi de KNS. En dépit des déclarations rassurantes, les récentes indications apportées par le nouveau président de Glencore, de même que les évolutions comptables l’intérieur du géant du négoce annoncent une prise de position prochaine du groupe sur l’entreprise calédonienne, dans laquelle il est minoritaire.

L’examen approfondi annoncé par Gary Nagle n’est en effet pas anodin. Les dizaines de milliards injectées régulièrement dans KNS ont interpelé les actionnaires et le management. Pour l’heure, la consigne -l’ultimatum ?- est d’équilibrer les comptes pour le milieu de l’an prochain. Sera-ce possible ?

Dans le sud, Vale n’avait pas procédé autrement, tout en étant, en revanche, majoritaire dans l’entreprise. Cela s’est soldé par une reprise, elle même facilitée par l’engagement financier du gouvernement français, et par une restructuration de la société pouvant, de manière crédible, conduire à un équilibre de ses résultats.

La SLN demeure tout autant dans le rouge. La conjoncture lui permet de jouer les prolongations. Mais sa situation demeure périlleuse autant que fragile.

Dans ce vaste dossier, qui sera en mesure d’intervenir pour prémunir la Nouvelle Calédonie d’une catastrophe industrielle et économique ?

Les finances locales, elles-mêmes en péril, ne peuvent évidemment pas y prétendre. Ni dans le Nord au travers de Sofinor et de la SMSP, ni dans le Sud, par les 34% détenues au capital de la SLN. Sébastien Lecornu a proposé, à plusieurs reprises, de mettre la question sur la table des négociations. En vain. Pourtant, elle s’imposera dans les mois à venir, et quel que soit l’issue de la consultation du 12 décembre.

LEVÉE PROCHAINE DE L’OBLIGATION VACCINALE POUR LES ARRIVANTS EN CALÉDONIE ?

La Nouvelle Calédonie est compétente en matière sanitaire. La liberté de circulation des personnes relève de l’Etat. Lorsque les élus calédoniens ont souhaité imposer la vaccination à toute personne débarquant sur le territoire, le représentant de l’Etat a souligné la nécessaire concordance des compétences. En effet, l’Etat ne peut imposer une règle sanitaire à une personne se déplaçant en Nouvelle Calédonie. Mais dans le cas où l’obligation vaccinale est une décision des autorités locales, alors l’Etat peut imposer aux voyageurs d’être en conformité avec cette obligation calédonienne, sous peine de ne pouvoir débarquer sur le territoire.

C’est ainsi qu’après que le congrès ait acté l’obligation vaccinale, l’Etat, dans les jours qui ont suivi, a imposé aux voyageurs se rendant en Calédonie, le respect des règles sanitaires du pays. Et donc, la vaccination obligatoire.

Cette obligation a fait l’objet du décret n°2021-1201 du 17 septembre 2021 qui stipule, notamment, que toute personne de 12 ans ou plus souhaitant se rendre en Nouvelle-Calédonie, doit être munie :
(…)
« d’un justificatif attestant d’un schéma vaccinal complet de l’un des vaccins contre la Covid-19 ayant fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché délivrée par la Commission européenne soit :

  • Ÿ  s’agissant du vaccin “ COVID-19 Vaccine Janssen ” : 28 jours après l’administration d’une dose ;
  • Ÿ  s’agissant des autres vaccins : 7 jours après l’administration d’une 2e dose, sauf en ce qui concerne les personnes ayant été infectées par la covid-19, pour lesquelles ce délai court après l’administration d’une dose.« 

Si le régime sanitaire de la Nouvelle Calédonie change, et que l’obligation vaccinale n’est pas simplement reportée, mais annulée, l’Etat n’a alors, ni les raisons, ni la compétence pour d’imposer la vaccination aux voyageurs se déplaçant vers le territoire.

Pourquoi pas, après tout ?

Sauf que la menace du Covid ne cesse de se renouveler. L’Europe fait actuellement face à une nouvelle vague épidémique, touchant des pays où, pourtant, le taux de vaccination est très important.

Or, le variant Delta a déjà produit un sous-variant baptisé AY.4.2. Sa mutation concerne la protéine Spike, celle justement visée par les vaccins Arn, et dont la « destruction » empêche le coronavirus de pénétrer dans les molécules.

La 5e vague qui touche l’Europe, et donc la France -à une échelle réduite aujourd’hui-, pourrait générer de nouvelles mutations du Covid. Peut être, des variants encore plus contagieux, et donc plus dangereux. Nul ne le sait encore. La métropole, en tout cas, prend ses précautions en étendant peu à peu la troisième dose.

C’est peut être tout l’enjeu de la protection sanitaire de la Nouvelle Calédonie. Baisser la garde trop tôt risque d’avoir de sérieuses conséquences. Pour les non vaccinés, bien sûr, mais également pour ceux qui n’auraient pas reçu une troisième dose, en raison de la baisse rapide de la protection assurée par le premier rappel de vaccination.

AU REVOIR ROGER

Avec la disparition de Roger Kaddour, une partie de l’histoire calédonienne s’en est allée. On connaît la part de lumière de cet infatigable défenseur du sport. Il nourrissait, pour la Nouvelle Calédonie, des ambitions qu’il mena à leur terme, en dépit des obstacles, des difficultés, et des critiques. La réalisation du stade portant le nom de son complice de toujours, en témoigne.

Cependant, pour le territoire, et surtout pour « ses » sportifs, il est allé bien au delà. Sa créativité, son esprit d’entreprise ne se sont pas limités à la structuration du sport local. Il a su hisser le défi au niveau régional, et porter avec d’autres pionniers du Pacifique, la création des Jeux de notre océan.

Pour le reste, Roger Kaddour préférait la discrétion. André Caillard, avec qui il manifesta son talent d’entrepreneur calédonien, avait choisi pour un temps, la politique, et ses projecteurs. Son associé, lui, trouvait des joies dans sa passion pour les chevaux, les victoires sur des hippodromes. Les grands. Il aimait aussi la chaleur et la complicité de ses amis, celles de ses études, celles de longue date. Et de se retrouver avec eux dans ce qui s’appela alors, le KCR.

Dire du bien de Roger Kaddour est presqu’un lieu commun, tant l’homme était estimable. A sa manière, au travers du sport, melting pot calédonien où la valeur de l’athlète n’est liée, ni avec la couleur de sa peau, ni avec son rang social, au travers de son esprit d’entrepreneur économique, au travers de ses fidélités en amitiés, au travers de son constant respect des autres, il était, en quelque sorte, un Accords de Matignon-Accord de Nouméa à lui tout seul.

Des hommes de cette fibre, de cette trempe, ne sont pas légion ici. Roger Kaddour manque déjà aux Calédoniens.
GB

INCROYABLE MAUVAKA, CALÉDONIEN DANS LE XV DE FRANCE VAINQUEUR DES ALL BLACKS

Il étaient deux stars calédoniennes du rugby français à affronter les All Blacks dans un match d’anthologie au Stade de France. Ils n’ont pas manqué leur rendez vous. Taofifenua a été brillant, auteur de plusieurs passes décisives. Mais Peato Mauvaka a marqué cette rencontre de son empreinte, rencontre qui a vu la victoire du XV de France par le score historique de 40 à 25 !

Ouest France, titrait, avant le match : Peato Mauvaka, de doublure de luxe au premier rôle contre les All Blacks. Le grand quotidien consacrait dans la foulée un article complet sur le Calédonien. (cliquer sur l’image pour afficher l’article).

A la fin du match, Mauvaka, en larmes, a parcouru le stade en brandissant le drapeau tricolore. « C’était un rêve de jouer contre l’équipe favorite de mon père… je ne pourrais pas décrire mon émotion« , a-t-il déclaré.

LA STATÉGIE INDÉPENDANTISTE DE LA VICTIMISATION

Tout ça, c’est la faute à l’Etat. Ainsi pourrait être résumée la stratégie indépendantiste fondée sur la victimisation constante, tout en réclamant le concours de l’Etat pour équilibrer les comptes des collectivités que le FLNKS dirige, ou pour protéger les populations lorsque resurgissent les conflits tribaux à Maré, à Belep, à Hienghène ou encore à Kaala-Gomen.

Le FLNKS a demandé l’organisation du troisième référendum, mais se dit victime de la fixation de la date. Que ne l’a-t-il alors demandé en milieu d’année pour s’assurer qu’il aurait forcément lieu en 2022 ! Pour cette précipitation, il doit d’abord s’en prendre à ses conseillers …

Pour ce qui concerne la décision « unilatérale », celle de l’Etat pour fixer la fameuse date, elle est prévue par la loi Organique. Le FLNKS omet simplement de rappeler que la date doit être fixé par le Congrès, mais qu’en cas de carence, c’est le gouvernement de la République qui doit en décider. Vous avez dit carence ?

Ultime argument : l’Etat aurait pris parti en publiant le fameux document sur la conséquences du « oui » et du « non ». Mais l’Etat n’a fait que répondre aux demandes pressantes du FLNKS, en indiquant, dans la froideur obligée des règles juridiques, toutes les conséquences pour une Calédonie qui ne serait plus une collectivité de la République, mais un Etat souverain.

Quelqu’un aurait-il nourri les leaders indépendantistes de cette illusion que la Nouvelle Calédonie pourrait devenir indépendante, mais qu’elle pourrait, chaque année, passer au guichet du ministère des Finances pour encaisser un chèque de 178 milliards de francs CFP, ou son équivalent ?

Dans cette affaire, la victime semble bien effectivement le FLNKS, mais victime de ses propres évaluations, et de ses propres erreurs de calcul. Problème : comment l’expliquer aux militants ?

35.000 TOURISTES JAPONAIS EN CE TEMPS LÀ …

Ce n’est plus qu’un lointain souvenir, mais la Nouvelle Calédonie fut une destination phare des touristes japonais se rendant dans le Pacifique. Les excursionnistes rivalisaient d’imagination pour offrir à cette clientèle, alors CSP+, des activités originales. Témoin : cette cloche sous marine imaginée par un ingénieur passionné, dans laquelle des couples de Japonais pouvaient se marier dans un cadre vraiment unique au monde. Souvenir.

Lire la video ci-dessous

HIENGHÈNE NE SAIT PAS POURQUOI LA NON-PARTICIPATION

« Que ce soit le oui ou le non, il faut y aller« , déclare un électeur indépendantiste de Hienghène qui déclare néanmoins suivre les consignes « d’en haut ». Mais tout ne semble pas clair sur la décision de non-participation. Le maire, lui même, indique que  » la population s’interroge beaucoup sur la non-participation au vote du référendum » et précise que cette décision est connue … grâce aux médias. « Au niveau du FLNKS, on n’a pas beaucoup d’information sur la non-participation« .

Bien sûr, la quasi totalité des électeurs de la commune, favorable au « oui », va sans aucun doute, suivre les consignes de leurs partis, majoritairement l’Union Calédonienne et le Palika. Bien sûr, également, samedi doit enfin se tenir au marché du village, une réunion d’information. Le communiqué du FLNKS appelant à la non-participation date tout de même du 20 octobre …

Pour autant, les bureaux de vote seront ouverts pour les électeurs souhaitant exprimer leur choix. Ils avaient choisi l’indépendance à plus de 90% lors de la dernière consultation de 2020.

Mais ce manque d’information des militants et de la population acquise au « oui », de la part des responsables du FLNKS pose question. Que s’est-il passé depuis le 20 octobre ? Aujourd’hui, bien des moyens sont la disposition des indépendantistes pour délivrer cette information. Le téléphone, internet, les visio-conférences, ou tout simplement la voiture pour se déplacer et se rendre sur place.

Le refus d’utiliser le bulletin de vote sera une autre explication à apporter. Visiblement, à Hienghène, commune emblématique dont Jean Marie Tjibaou fut maire, tous les électeurs demeuraient « mobilisés », selon les propres termes du premier magistrat de la municipalité. Alors pourquoi ne pas voter ?

C’est que le droit de vote, chez les Kanak, n’a pas la caractère lointain et banal de 1848, date à laquelle les Français, – à l’exception des femmes -, ont accédé au suffrage universel. En Calédonie, ce droit a été chèrement acquis. Par les anciens combattants Kanak, après la seconde guerre mondiale, mais seulement pour eux, les hommes d’Église et des coutumiers. Il a fallu attendre 1958, il y a à peine 63 ans, pour que cette immense liberté démocratique soit enfin accordée aux « premiers occupants ».

Mieux même, le vote Kanak a été « protégé » par les récents accords passés, par une restriction du corps électoral touchant ceux qui ne sont pas Kanak.

Ainsi, renoncer à cet acquis « des Vieux » n’est pas chose aisée, pour des électeurs comme ceux de Hienghène. D’autant que les bureaux de vote seront ouverts.

En février dernier, la décision de faire tomber le gouvernement Santa a été prise par quelques responsables, dans une certaine précipitation. Aujourd’hui, le pouvoir Exécutif est comme un piège pour les indépendantistes. La décision de « non participation » va-t-elle s’inscrire dans une semblable démarche ?

FLNKS : NE PAS FAIRE CAMPAGNE MAIS FAIRE CAMPAGNE

Peut-on prétendre ne pas pouvoir mener campagne électorale, et dans le même temps, conduire, sur le terrain, une … campagne d’explication sur la non-participation ? C’est la posture adoptée par les composantes du FLNKS, confirmée publiquement par des leaders s’exprimant sur des médias.

Certes, les autres motifs invoqués pour justifier la « non participation » au scrutin du 12 décembre concernent l’épidémie de Covid, ainsi que la période de deuil pour les familles et les clans victimes du coronavirus.

S’exprimant à propos d’une éventuelle indépendance de la Nouvelle Calédonie, Michel Rocard avait déclaré : « C’est une espèce de bizarrerie. Plus personne n’est indépendant nulle part« . Les arguments déployés par les indépendantistes relèvent-ils de cette bizarrerie ? A moins qu’il ne s’agisse d’une tactique.